D’Apollinaire à mai 68 le retour en grâce de Sade

D’Apollinaire à mai 68 le retour en grâce de Sade
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Personnellement, je ne crois pas aux biographies même quand elles sont de la main des auteurs.

Entre les altérations de la mémoire et la vision partielle que l’on a de soi-même, l’exacte vérité se situe toujours un peu plus loin.

Depuis le début du XX siècle Sade à fait couler des litres d’encre, beaucoup partent de l’erreur d’un de nos plus grands poètes.

Ostracisée pendant plus d’un siècle, la philosophie de Sade a fait un retour par la grande porte au vingtième siècle grâce aux délires d’Apollinaire !

Apollinaire édite pour la première fois une petite partie des œuvres du marquis « Pages choisies » en 1909 dans une collection qu’il dirige intitulée « les maîtres de l’amour » pour la bibliothèque des curieux.

De son propre aveu dans la préface, il manque d’éléments pour tracer le portrait de Sade, alors, loin de se douter que son improvisation servirait de référence pendant plus d’un demi-siècle, il présente Sade comme un féministe avant l’heure, un révolutionnaire amoureux du peuple, un militant contre la peine de mort et créer le mythe du divin marquis.

D’ailleurs le poète n’en fait pas mystère dans son introduction pour la bibliothèque des curieux, il dit clairement :

« N’ayant pas l’intention de donner ici une biographie détaillée du marquis de Sade, je renvoie les lecteurs aux ouvrages qui peuvent faire autorité : ceux de M. Paul Ginisty, du docteur Eugen Duehren, du docteur Cabanes, du docteur Jacobus X, de M. Henri d’Alméras, etc. La biographie complète du marquis de Sade n’a pas encore été écrite. Le temps, sans doute, n’est pas éloigné où, tous les matériaux ayant été rassemblés, il sera possible d’éclaircir les points encore mystérieux de l’existence d’un homme considérable sur lequel ont couru et courent encore un très grand nombre de légendes. Les travaux entrepris ces dernières années en France et en Allemagne ont dissipé bien des erreurs. Il y en a encore beaucoup qu’il faudra redresser. »

Apollinaire l’avoue, il manque d’éléments dont bon nombre seront découverts plus tard. Après avoir résumé l’œuvre de Sade dans sa préface, il choisit des passages qui le mettent à l’abri d’éventuelles poursuites judiciaires.

Sa vision partielle du marquis donne naissance à la légende Sade.

En 1957 l’éditeur Jean-Jaque Pauvert est inculpé pour outrage aux mœurs après avoir publié l’œuvre de Sade dans son intégralité. Sont cités à la barre en faveur de la défense George Bataille, Jean Paulhan, Cocteau.

L’avocat de la défense maître Garçon académicien est fervent défenseur de la liberté d’expression. Ce procès dans son ensemble témoigne surtout de la dangerosité des écrits du marquis. Pauvert admet qu’il n’en a trié que deux mille exemplaires destinés à des philosophes et des professeurs d’université, mais surtout pas au grand public.

Le verdict tombe, Pauvert est condamné 120000 francs d’amende confiscation et destruction des ouvrages saisis.

Sade, lui, est réhabilité dans le milieu intellectuel.

Le premier filme de Guy Debord s’intitulait « hurlement en faveur de Sade »

Arrive mai 68 avec son lot de libération salvatrice, incontestable, mais aussi quelques jolis dérapages que l’on aime moins rappeler.

Quasiment toutes les horreurs que le marquis souhaite voir advenir dans la société civile se mettent en place sans que l’ombre d’une quelconque opposition semble se dresser à l’horizon ?

Les deux derniers tabous que notre société pornographique s’apprête à ébranler, à savoir la pédophilie et l’inceste, bénéficient d’une sorte de caution intellectuelle d’une pseudo-gauche médiatique parisienne.

Cinquante ans après, que reste-t-il de mai 68 à part la libération sexuelle ?

Rien en terme de liberté d’expression. Rien en terme de solidarité, de progrès social.

Seule la pilule contraceptive, semi-libération pour la femme moderne qui neuf fois sur dix en cas de divorce écope de la garde des enfants, voyant le champ de ses possibles rétrécir comme peau de chagrin.

On nous a bassinés tout le long de l’année 2018 avec cette génération occultant avec soins son côté obscur de 68 à 1977 l’apologie de la pédophilie dont nous payons aujourd’hui les pots cassés.

Dès mars 1971 le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), réclame, avec Michel Foucault, la reconnaissance des « sexualités périphériques ». En février 1979, ce groupuscule fondera le magazine Le Gai Pied. Ils soutinrent le discours selon lequel « les enfants ont aussi droit à la sexualité »

Une des histoires les plus connues est celle de la figure emblématique du mouvement, Daniel Conh-Bendi, qui sur le plateau d’Apostrophe déclaré « il n’y rien de mieux que de se faire tripoter le sexe par une petite fille et ses gestes maladroits. » L’archive est disponible sur le site de l’INA, régulièrement repostée sur Youtube, régulièrement enlevée, paraît-il pour histoire, peu probable de droit d’image.

Citons l’extrait de son livre « Le grand bazar» pour se faire une idée plus claire :

« Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : ‘Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses ?’ Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». « J’avais besoin d’être inconditionnellement accepté par eux. Je voulais que les gosses aient envie de moi, et je faisais tout pour qu’ils dépendent de moi « .

Au moment où Dany le rouge écrit ses lignes, il est éducateur dans un jardin d’enfants autogéré de Francfort.

Quelques années plus tard, il démentira 1° sur le plateau de Bernard Pivot, il avait ingéré des gâteaux au shit 2° oui, il a écrit ça, mais ces écrits reflétaient l’esprit de l’époque de « provocation contre le bourgeois ». (Nouvel Obs 05/06/2009)

Bien, alors don’t act !

Phillipe Sollers, reçu dans l’émission de Yann Barthes « Quotidien » encensé par ce dernier « défenseur des libertés, pourfendeur de tabous, écrivain de légende » (Barthes l’a-t-il lu?) est pour sa part frappé d’amnésie partielle.

Sa mémoire ne garde aucune trace de la pétition publiée dans le journal Le Monde du 26 janvier 1977, reprise dans Libération durant laquelle trois hommes furent condamnés pour attentat à la pudeur sur mineurs de 15 ans.

La pétition stipulait « Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c’est pourquoi faire ? » et « trois ans pour des baisers et des caresses, ça suffit »4. Parmi les signataires figurent Louis Aragon, Francis Ponge, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles Deleuze, André Glucksmann, Guy Hocquenghem, Bernard Kouchner, Jack Lang, Gabriel Matzneff, Catherine Millet, Jean-Paul Sartre, René Schérer et…l’amnésique Philippe Sollers.

Sa ligne de défense personnelle est qu’il y avait tellement de pétitions qui circulaient …

Ce qui ne l’empêchera pas de publier publié aux éditions Julliard Les moins de seize ans de Gabriel Matzneff la même année.

Mais s’il ne se souvient pas d’avoir signé une telle tribune tirée à des millions d’exemplaires aux côtés de noms prestigieux ? Alors don’t act !

Que reste-t-il alors de mai 68, de l’élévation des masses populaires prolétaire, de l’égalité des chances, du droit à l’insurrection ?

Pas grand-chose à part le sacro-saint droit républicain de « jouir sans entrave » qui semble provenir tout droit de l’œuvre de Sade.

Croire que la libération sexuelle n’a que des effets positifs c’est aussi stupide que de croire que le capitalisme est vertueux.

Après mai 68 et la libération sexuelle, celle de la libido amorcer par Braneys via l’érotisation de l’objet de consommation va prendre une ampleur incroyable. Notre société s’est affranchie des différences sexuelles et générationnelles.

Dans les années soixante-dix, la démocratisation de la télévision, instrument de propagande par excellence, brise la communication dans les foyers. Les familles ne se parlent plus pour regarder l’homme tronc du 20h00 débiter ses informations. Le sexe inonde la société. Playmate Claudette, Coco-girl. Le cliché de la fille à poil pour vendre un yaourt vient de naître. Les murs des villes sont tapissés de culs et de nichons à l’instar des cabines des routiers.

Le vide laissé par la spiritualité fait que nous sommes les premières générations à libérer complètement nos pulsions sans garde-fou.

L’exposition du tourisme de masse dans les années 80 a poussé des pays entiers dans la prostitution pour rembourser leur dette au FMI. La Thaïlande, la République dominicaine, le Nicaragua, Madagascar sont les destinations phares pour trouver femme et enfants au rabais. Le marché paralégal de la prostitution rien qu’en Chine est estimé en près de quatre-vingts milliards de dollars par an.

La religion catholique réduite à néant, les familles éclatées, jouir de tout, tout le temps devenant la priorité des peuples sans repère spirituel, ne reste plus qu’un stade à franchir pour obtenir des corps sans tête manipulable à merci en échange de sexe et de mal bouffe.

Ce pas va être franchi en 1995 dans l’Hôtel Fairmont à San Francisco par 500 décideurs de la planète.

Ce projet portera le nom de Tittytainment…

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