De Jaquie et Michel à 50 nuances de Grey, le triomphe de Sade

De Jaquie et Michel à 50 nuances de Grey, le triomphe de Sade
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Si le nom des grands patrons du GAFA se répandent dans les médias, ceux des propriétaires des plates-formes du X qui font 28 258 connexions par seconde dans le monde restent anonymes. En France, une expression passée dans la culture populaire est la preuve incontestable de l’invasion de la pornculture : « Merci qui ? »

Neuf fois sur dix, on vous répondra « Merci Jacky et Michel ! »

Derrière cette grivoiserie gauloise qui allume des sourires libidineux se cache une entreprise pornographique des plus trash.

Ce site, le plus visité en métropole, est le premier à avoir banalisé la baise orale dite agressive.

Les souffrances endurées par les actrices y sont bien réelles ce qui en fit la clé de son succès.

Des jeunes filles sodomisées à la chaîne par des armoires à glace montées comme des ânes, gavés de stimulant sexuel chimique garantissant plusieurs heures d’érection.

La dé féminisation à son firmament. Rien n’est aussi efficace que le porno pour faire passer la femme au statut de « salope ».

Les jeunes femmes, elles aussi sont droguées. On les bourre d’analgésiques pour la douleur, des antispasmodiques pour femme enceinte afin de dilater le col de l’utérus.

La plupart des actrices subissent des chocs post-traumatiques physiques et psychiques.

Reconstruction plastique vaginale, anale, prolapsus anaux (une pathologie qui fait s’effondrer les parois internes du rectum) s’additionnent aux risques d’ IST (infections sexuellement transmissibles) des tournages sans préservatif.

Internet censé incarner un réseau de partage de savoir agit tel un rouleau compresseur sur la prunelle de nos ados.

Entre douze et quinze ans, âge durant lequel les garçons développent leur modèle sexuel, alors que leurs pères se masturbaient sur le papier glacé de Lui ou de Playboys, ce qui pouvait encore passer pour un érotisme esthétique, les gamins d’aujourd’hui visionnent gratuitement des heures de porno ultra violent qui étouffent leurs fantasmes tout en servant de références à leurs futures attentes.

On a évalué qu’entre 2009 et 2015 l’humanité a visionné plus 1,2 million d’années de vidéos pornos sur internet. Près de 600 fois la durée de l’ère chrétienne !

Se masturber devant ce genre de vidéo à plusieurs effets. Le premier constaté est « le formatage de la libido » subissant les scénarios, l’imaginaire de l’enfant ne phantasme plus de façon singulière, mais intègre ce type de rapports avilissant pour la femme comme la norme à respecter. Le modèle à imiter pour s’accomplir en tant que mâle viril.

Bousillez une génération de garçon et vous bousillerez une génération de fille.

Éteindre un fantasme, c’est en allumer un autre un cran au-dessus.

Cette surenchère de violence pornographique aboutit à la généralisation du sadisme en tant que pratique sexuelle.

50 Nuances de Grey avec ses cent millions d’exemplaires écoulés dans le monde achèvent le triomphe du marquis de Sade. L’apologie du sadisme vendu sous forme de thérapie de couple.

Loin du jusquauboutisme de Sade on y trouve une famélique philosophie manichéenne, rien n’est blanc, rien n’est noir tout n’est que nuance de gris. Merci qui ? Merci Erika Leonard James, l’auteur… une femme.

Le point d’orgue du livre est le « contrat de domination » que Christian Grey fait signer à Anastasia Steel. Hachette déclare sur son site que le best-seller a donné un joli coup de fouet aux lectrices à travers la planète.

La démocratisation du sadisme pénètre la couche populaire.

Le château de Silling, le boudoir de Sade se transposent dans la chambre à coucher de monsieur et madame tout le monde où les scénarios punitifs font leur lit.

L’heure du sadisme de masse a sonné. Le nombre de contrats de soumission, même dans les couples mariés, établis par des avocats n’arrête pas d’augmenter, suivit des dérapages qui leur incombe.

L’industrie du sex-toy se diversifie, menottes, cravaches, martinets, chapelets anaux ont vu leurs ventes exploser depuis la sortie du livre.

Ce marché du jouet sexuel, anecdotique jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, pèse en 2018 plus de vingt milliards de dollars et continu sa croissance promise à un bel avenir avec les objets connectés.

La ponrculture a dégouliné sur tous les pans de notre société. Cinéma, mode, pub, presse, télévision.

Elle a dépassé le simple cliché de la fille en topless pour vendre un yaourt.

Les murs des grandes citées sont placardés de seins, de fessiers, de jambes oblongues ainsi que les couvertures de magazines.

Et l’escalade continue.

Dans les rayons des grandes surfaces, on trouve des lubrifiants chauffants, enrichis en L-Arginine pour favoriser l’afflux sanguin, comestible, des préservatifs aux goûts fruités ou au bout strié sur la partie haute, phosphorescente. Monoprix sort une gamme de godemichés.

Séphora édite chaque année des « canards vibrant » au moment des fêtes de noël et diffuse avec Etam lingerie des eaux pour jeux érotiques, des ancres avec lesquels on peut s’écrire sur le corps des mots invisibles qui apparaîtront sous la lumière des néons noirs.

La rétine d’un Occidental en milieu urbain est chaque jour soumise visuellement à quinze mille stimulus sexuels.

Un véritable lavage de cerveau digne du meilleur des mondes d’Adul Huxley. Le culte de la performance, du jeunisme, de jouir, du consommé toujours plus, toujours plus longtemps régit la planète. Preuve supplémentaire, il se vend une boîte de viagra par seconde sur terre.

L’abstinence et le célibat sont vécus comme un échec social, un déficit d’image, un manque de personnalité.

Ce n’est pas la raison qui définit nos limites, c’est notre désir de consommation.

En 2004 on estimait à mille milliards de dollars l’industrie du sexe, toutes branches confondues, légales et paralégales, dans le monde.

Plus que l’armement et la pharmaceutique réunis.

Évidemment, l’œuvre de Sade n’est qu’une métaphore de ce que nous vivons actuellement.

Mais quelle métaphore ! Le capitalisme et le sexe sont mus par la même pulsion de mort, d’autodestruction et n’oublions pas que les 120 journées de Sodome se concluent par un bilan comptable pour séparer les morts des vivants. Nous courrons le risque de finir de la même façon.

La femme n’est pas l’avenir de l’homme, à aucun moment. C’est un projet de sexe-robot hyper réaliste, difficile à dissocier d’un véritable humain, disponible dans les deux sexes, taillés dans nos fantasmes, qui changera de façon définitive nos relations interpersonnelles. Les femmes ne seront pas contre l’idée d’avoir un compagnon qui ferme sa gueule, fait le ménage, les courses, ne regarde pas de foot, qui ne rentre pas bourré, qui ne pue pas des pieds, etc. Sans parler des performances sexuelles. La question est pour quoi recréer à l’identique quelque chose qui existe déjà dans la réalité si ce n’est pour le traiter comme un objet que l’on espère soumis ?

Bien sûr l’esclave sexuel sera dans un premier temps réservé aux riches, mais en suivant la logique du marché… quelle technologie ne s’est pas vulgarisée ?

Plus rien n’arrêtera cette entreprise qui inaugure un nouveau marché en milliards de dollars potentiel, largement supérieur à celui de l’automobile par exemple. De grandes firmes aux États-Unis au Japon et dans bien d’autres pays y travaillent d’arrache-pied.

La logique de production-soumission sera généralisée. Les gens resteront chez eux à copuler avec leurs droïdes, consommant des antidépresseurs garantis sans danger pour la santé par la sacro-sainte science aux sentences inattaquables par le néophyte.

L’inquiétante conclusion que nous pouvons donner à ces constatations est que le système politique qui brûlait les livres et mettait en exergue le culte du corps fut le fascisme.

Actuellement, son idéologie s’impose lentement mais sûrement à travers la planète : États-Unis, Russie, Italie, Hongrie, Turquie, la liste ne cesse de s’allonger.

En 1981, Jean-Marie Le Pen n’arrivait pas à rassembler 500 signatures pour se présenter aux élections présidentielles.

À l’heure où ces lignes sont rédigées rien ne laisse envisager un deuxième tour de la présidentielle le 23 avril 2022 autre que sa fille nationaliste, Marine Le Pen et l’ultra-libéraliste Macron.

Pour connaître le vainqueur, il suffit de prolonger les courbes statistiques.

L’histoire est un éternel recommencement, car l’humanité n’a pas de mémoire.

Voilà le monde que nous laisserons à nos enfants : celui de l’histoire d’un trou de mémoire…

 

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