De Sade à Barneys naissance de la pornculture

De Sade à Barneys naissance de la pornculture
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Bernays né en 1891 à Vienne. Il est le double neveu de Freud. Son père épousa Anna Freud tandis que Sigmund épousait la sœur du père D’Eward Bernays.

En 1892 les parents Edward Louis James Bernays, émigrent à New York.

Edward Barneys, assiste à de nombreuses conversations dans les dîners de famille où l’on expose les théories de son oncle, l’esprit de l’enfant infuse dans la pensée freudienne.

Le vingtième siècle qui s’ouvre et dans lequel Braneys va jouer un rôle prépondérant débute secoué par des luttes ouvrières partout sur terre. Les droits des travailleurs sont inexistants. Ils usinent douze heures par jour pour un salaire de misère sans protection sociale ni indemnité.

On les jette à la rue du jour au lendemain sans rien pour vivre.

Personne ne sait si l’ingénieur américain Frederick Winslow Taylor a lu les 120 journées de Sade.

Néanmoins, tous les concepts élaborés par le marquis un siècle auparavant sont exactement les mêmes que ceux du Taylorisme, la planification de tâches répétitives soumises à un règlement intérieur dans un lieu clos, dans un temps prédéfini.

Les racines de l’industrialisation et du productivisme libéral qui va déferler avec frénésie sur le globe puisent leurs sources directement dans la philosophie sadienne.

C’est dans cette ambiance qu’en 1917, Barneys intègre au rang de journaliste la commission Creel mise en place par le gouvernement américain pour faire basculer l’opinion publique opposée à l’entrée en guerre des USA dans le conflit de 14-18.

Publicistes, psychologues, sociologues, journaliste donnent ses heures de noblesse à la propagande en utilisant tous les supports de communication à disposition de l’époque, tractes, affiches, campagnes de presse, publicité au cinéma, recherche de leaderships acteurs, actrices Hollywood.

Bernays se revendique fervent admirateur du français Auguste Lebon qui dans sa psychologie des foules en 1895 comparait les rassemblements populaires à une personne à part entière dénuée de capacité de jugement.

Le groupe, s’est un évanouissement de la personnalité, une disparition de la vie cérébrale dominée par l’inconscient.

La foule, instable par nature est sujette aux suggestions. La notion d’idée commune, d’appartenance à un groupe fait que, les slogans, les images évoquées, les harangues, se transfigurent en elle pour des vérités acquises, elle va et pense dans le même sens, elle accumule n’ont pas l’intelligence, mais la médiocrité des personnes qui la compose. Dans la foule il n’y a pas d’addition des personnalités, mais une fusion dans une identité collective dotée d’un nouveau caractère pulsionnel. Une personne dans une foule agissante tombe dans un état proche de l’hypnose, le cerveau en veille, le sujet devient esclave de toutes les tentations.

Les foules sont plus influençables par des émotions que par un raisonnement logique.

Son impulsion primitive est de suivre un leader. C’est un des principes fondamentaux qui opère en elle. Lebon prévoit que les organisations sociales modernes appuieront leur pouvoir sur la puissance des foules pour pallier à la spiritualité. Il prédit que le XX siècle sera l’ère des foules.

Le neveu de Freud comprend que celui qui décrypte ces mécanismes inconscients peut contrôler les masses sans qu’elles s’en aperçoivent s’il capte leurs émotions.

Il invente la psychanalyse des foules fondée sur des observations minutieuses de la mentalité collective étayée par des principes dont la cohérence et la constance sont prouvées.

Affinant ses techniques de manipulation, n’hésitant pas à faire valoir sa prestigieuse ascendance, Barneys se taille rapidement une solide réputation.

Méconnu en France, sa page Wikipédia plante le personnage en lui attribuant la paternité de la propagande politique institutionnelle et de l’industrie des relations publiques, ainsi que du consumérisme américain en compagnie d’Henry Ford.

Bernays n’est ni plus ni moins que le père des relations publiques, l’art de communiquer entre un gouvernement et son peuple. C’est lui qui crée le terme quand propagande devient impopulaire. C’est une technique qu’il développera par ailleurs, quand quelque chose déplaît à l’opinion publique, on change son nom.

De l’influence qu’ont eu les écrits de Sade sur ceux de Freud se dégage une relation aussi claire de l’ascendance des théories de l’économie libidinale et l’érotisation de l’objet de consommation du psychanalyste sur les techniques d’instrumentalisation que va mettre en place Barneys pour s’adresser à l’inconscient des foules.

Son best-seller outre Atlantique publié en 1928 annonce la couleur dès le titre « PROPAGANDA » sous-titré « Comment manipuler l’opinion en démocratie. »

Les premières lignes dévoilent le programme :

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. »

L’auteur de la nouvelle Justine le disait autrement sous le régime monarchique :

« Il ne faut jamais arracher le bandeau des yeux du peuple ; il faut qu’il croupisse dans ses préjugés, cela est essentiel /…/ Ne cessons jamais de tenir le peuple sous le joug de l’erreur et du mensonge ; étayons-nous sans cesse du spectre des tyrans ; protégeons les trônes, ils protégeront l’Église ; et le despotisme, enfant de cette union, maintiendra nos droits dans le monde. »

Le groupe n’a pas les mêmes caractéristiques psychiques que l’individu, d’autre part qu’il est motivé par des impulsions et des émotions, le propagandiste joue sur ces clichés, sur l’émotion collective pour incliner l’opinion dans la direction qu’il souhaite lui voir prendre.

Barneys est un génie dans son domaine qui va changer la face du monde. Il n’ignore pas que c’est par la foule que s’achèvent les civilisations devenues trop vieilles. Son talent va sauver le capitalisme en 29.

Parallèlement à l’envol de sa carrière en tant qu’éminence grise du président XX, c’est l’avènement des Trusts et autres firmes dotées d’une puissance phénoménale sur le plan économique et par relation de cause à effet sur celui de la politique.

L’âge d’or des « Barons voleurs » Carnegie, Steel, Rockfeller, Vanderbilt, Astor, Morgan.

En position de monopole, ils déclenchent des crises économiques pour s’engraisser toujours plus.

La fraude financière est à tous les étages qui bâtirent leur fortune.

Appliquant les recettes qui permirent aux politiques de faire basculer l’Amérique dans la guerre, au monde des grandes entreprises, Bernays devient le maître es manipulation de l’opinion publique.

Un exemple, le velours. Le marché du velours est en crise en Amérique. Barneys comprend avant tout le monde qu’il suffit de stimuler un organe du corps social à un endroit pour qu’il réagisse à un autre.

Il propose aux industriels du textile de financer entièrement des collections chez des créateurs parisiens en vogue référence mondiale dans le domaine de mode. La formule fonctionne, les collections sont déclinées pour le prêt-à-porter le velours made in USA est relancé.

Cette ruse éculée fonctionne toujours. C’est le cas de Nesspresso en plus de l’image de l’image sexy de George Clooney, la firme suisse a offert aux vingt mille Américains les plus influents dans les médias capsules et machines quelques mois avant son lancement. Technique marketing dite du Blue Ocean, réinventer un produit existant pour le revendre plus cher via un nouveau concept.

Edward Barneys usera maintes fois de la technique des leaders d’opinion.

Pour le Bacon, il s’appuiera sur l’influence des médecins. Cinq mille parmi eux seront recrutés dans le pays pour faire la promotion d’un petit-déjeuner copieux le matin, décrété dès lors repas le plus important de la journée. Des œufs et du bacon, qu’importe obésité et cholestérols, le gouvernement invisible dicte son mode de vie à l’Amérique et par de là au monde entier.

L’exemple souvent cité à son sujet pour illustrer le sadisme de sa vanité et son contrat avec l’American Tobacco.

Dans les années trente, une femme qui fume est mal vue, perçue comme une fille de mauvaise vie.

George Washington Hill président de l’American Tobacco Co, veut briser ce tabou, conscient que si les femmes fument, il doublera son marché de la moitié de l’humanité. Pour atteindre cet objectif, il embauche Bernays. Au même moment, le mouvement des suffragettes secoue le continent nord-américain.

Edward Bernays consulte Abraham Arden Brill, disciple de son oncle, l’un des premiers Américains à avoir exercé la profession de psychanalyste sur ce sol.

Ce dernier explique au neveu de Freud que la cigarette est un symbole phallique représentant le pouvoir sexuel du mâle ; si rattacher l’action de fumer à une forme de contestation de ce pouvoir était possible, les femmes détentrices par la symbolique de leurs propres pénis se mettraient à fumer.

Quelques mois plus tard sur la cinquième avenue à New York, lors de la parade de pâque en plein cœur de la crise de 1929, les suffragettes décident de mener un coup d’éclat médiatique pour qu’avance la cause de l’émancipation des droits des femmes.

Devant les objectifs des photographes du monde entier, prévenus qu’une telle action allait être menée, les figures charismatiques du mouvement sortent des cigarettes rebaptisées pour l’occasion « Torche de la liberté » et les allument sous les yeux médusés des reporters.

Ironie du sort des militantes féministes se retrouvent à pomper des artefacts de phallus en pleine rue sous l’objectif des photographes du monde entier.

Les images font le tour du monde, un peu partout sur terre, fumer pour une femme est un acte de libération. L’autre moitié de l’humanité peut tâter du tabagisme.

Bernays a instrumentalisé tout cela dans l’ombre de main de maître. Distribuant ses cigarettes aux leaders d’opinion de l’époque, avertissant la presse. Il a su capter l’émotion qu’a suscitée le désir de liberté chez la femme pour le convertir à l’avantage de son client en jouant sur l’inconscient sexuel. Il n’ignorait rien du cancer et des risques encourus par les consommatrices acquises par son odieuse influence. Pis, il enfonce le clou en inventant la Pin-Up, toujours pour les cigarettiers, en érotisant l’objet de consommation. Plusieurs décennies après, les malheureuses décédées de tabagismes se comptent par millions, simplement pour de l’argent. L’appât du gain, la propagation d’un vice à grande échelle, une hécatombe annoncée assumée, le capitalisme vient de passer la bague au doigt du sadisme.

La contribution à l’entrée du sadisme dans l’économie chez Barneys ne se résume pas à cela.

L’american way of life ! Tout un concept. De nos jours, il n’est pas rare d’entendre « te prends pas la tête ou il faut pas se prendre la tête, variante «tu te prends trop la tête » le plus souvent au cours d’une discussion politique ou philosophique.

Les principes du corps sans tête axé sur le physique, l’image, les plaisirs de la chair, les biens matériels étaient les vœux prophétiques de Sade.

Barneys les a imposés au monde à travers la publicité, les médias et le cinéma.

L’image d’une jeunesse souriante, insouciante, oisive qui écoute du rock, qui fait la fête, du surf, de la moto, qui drague des filles, part à la conquête du monde dans les années cinquante, soixante.

C’est la génération « Happy Days »

Ce mode de vie nord-américain est conçu de A à Z pour écouler des produits en surstock, corn-flakes, jeans, Coca-Cola, voiture, hamburger, etc.

Il use du vieil adage : pour provoquer le désir, il faut être vu. L’érotisation des produits manufacturés s’est la promesse de la jouissance à la portée de tous.

Fort du succès de la Pin-Up qui cristallise avec brio les phantasmes masculins, transforme leurs pulsions sexuelles en pulsion d’achat ; le conseiller en communication lance l’économie libidinale en généralisant l’érotisation de l’objet de consommation et de manière plus pernicieuse la sollicitation de nos pulsions sexuelles inconscientes en développant ce qu’on appelle aujourd’hui le marketing.

Le consumérisme et la concupiscence s’entremêlent dans notre subconscient.

Ce que Sade voulait, que Freud redoutait, que Barneys ne pouvait ignorer que la libération de nos pulsions, la pulsion de mort commune au capitalisme et au sexe, nous conduit à notre propre destruction est en train de s’accomplir.

Edward Bernays mourra à 104 ans à Cambridge Massachusetts.

Il regretta tout de même que Goebbels ait utilisé son livre « Propaganda » pour développer la propagande nazie et son implication directe dans les cent mille morts au Guatemala où ses méthodes de marionnettiste de l’ombre imposèrent une dictature favorable aux États-Unis au détriment d’un régime socialiste démocratiquement élu.

Pourquoi Barneys a-t-il agi en tout état de cause ?

Des générations d’Américains obèses à force d’ingurgiter du bacon, des millions de femmes dans le monde atteint du cancer, des dizaines de milliers de victimes en Amérique du Sud, pour la seule soif du lucre ?

Probablement que cet homme extrêmement intelligent ne put se contenter d’être un nain dans l’ombre de son oncle. Son besoin de domination sur son prochain s’est exprimé dans son métier.

Une domination de l’intellect qui n’en est pas moins sadique.

À l’automne 1990, il est classé parmi les cents personnalités américaines les plus influentes par le magazine Life.

Si les peuples ne réagissent pas, c’est qu’ils sont soumis pacifiquement par l’industrie du divertissement.

Le capitalisme n’a rien à voir avec la démocratie la Chine le prouve. Pour soumettre, il faut rendre accro. Les spin doctors et autres gurus du marketing l’ont bien compris, le sexe et l’argent sont les deux moteurs d’un occident qui carburent au désir. Le bon filon à exploiter. Divertir le peuple, c’est le contrôler, l’empêcher de se soulever, de trop penser.

La pornographie et les stupéfiants sont les armes de distractions massives qui se démocratisèrent dans les années soixante pour calmer la jeunesse rebelle du Baby-boom, avec un franc succès.

Depuis, ce n’est plus la raison qui définit nos limites, c’est notre désir de consommation.

Le peuple cherche à jouir dans l’instant présent au travers du sexe, des loisirs, du tourisme et de la fête. Il ne veut plus comprendre le monde qui l’entoure. Il est résigné soumis aux lois du marché.

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