À l’Ouest d’à peu près tout

À l’Ouest  d’à peu près tout
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Au troisième étage du 2 bis impasse de l’oubli, la lumière laiteuse de la lune inondait  l’appartement miteux d’Antonin Marteau. Ce dernier n’était plus qu’à un doigt du nirvana.

Il posa délicatement le canon libérateur de sa vingt-deux long rifle au milieu de son menton, pile dans l’axe du crâne.

Après avoir longuement médité la question, il en déduisit que pour ne pas se rater, il fallait que la charge parte à la verticale.

Pour citer Orelsan, sorte de Cioran deux point zéro, « Pas besoin d’avoir une daronne sur le trottoir pour être un fils de pute » ,et Antonin Marteau était un sacré fils de pute.

En énumérant la longue liste de ses qualités, on réalise que sa vie professionnelle fut un immense gâchis. Il était : vicieux, menteur, manipulateur, machiavélique, corrupteur, corruptible, belliqueux, fourbe, retord, veule, narcissique, égocentrique, gratuitement méchant, dénué de toute forme de pitié, avare, jaloux, possessif, sadique, vénal, vindicatif.

Bref, il aurait dû faire une fantastique carrière dans le monde de la finance !

Par chance ou par malheur, ses névroses psychopathologiques l’éloignèrent de cet univers.

Atteint de lypémanie, d’amaxophobie, du syndrome de Peter Pan, de celui de persécution, de l’imposteur, paranoïaque aigu, alcoolique accomplit, polytoxicomane fini, sa cervelle grillée à l’acide arrivait en fin de parcours à quarante-cinq ans.

L’histoire de sa déchéance était d’un classicisme contemporain effroyable. La perte d’un emploi, un divorce et boum un homme à la plèbe.

Pourtant, jusqu’à l’âge de trente-cinq ans cet ancien punk avait tout fait pour s’intégrer dans la société.

Une succession de boulots de merde, puis la prostitution dans le webmarketing.

Passer sa vie à répéter des phrases du style « à votre convenance », « au plaisir d’échanger avec vous », « belle journée, bien cordialement » l’avait petit à petit enfoncé dans une profonde dépression.

Malgré ce, il gardait en tête les mêmes objectifs minables que le commun des blaireaux : une voiture diesel, une maison à crédit sur trente ans, un chien, 2,4 enfants.

Quand il perdit son taf, il sombra dans la picole et sa femme moins conne que lui se cassa vite fait.

Par chance ou par malheur, Antonin ne vivait pas n’importe où.

Il habitait Montpellier ! Capitale française du Ghb et du Mdma.

Outre ces avantages, la ville la plus superficielle du Languedoc-Roussillon disposé de deux fleurons de l’industrie française dont on expose rarement la réussite éclatante dans les médias.

Le cul et la drogue.

Trente mille étudiantes, dont le stock renouvelé en moyenne tous les cinq ans, garantissent à la ville en cycle d’ovulation quasi infini. La combinaison des stups et du stupre fait de cette cité l’une des plus chaudes de France. En tête du palmarès des ventes de sex-toys depuis des décennies, la tentation pour un cœur brisé de se perdre dans la multitude de la nuit est omniprésente.

Antonin savait depuis longtemps que les demoiselles jouissent d’abord par l’oreille, il conçut des filets de phrases précousues ornés d’un savant dosage d’humour et de culture pour capturer ses proies dans les rets de sa rhétorique.

Son bagou et sa faconde lui garantirent une série de succès incroyable !

Volage, Antonin multiplia les aventures pour ne pas s’attacher affectivement considérant au fur à mesure ses conquêtes comme des objets interchangeables.

La seule compagne qui gagna sa fidèle pendant cette période était d’origine bolivienne blanche comme la porcelaine.

Dans sa fuite en avant il s’enlisa dans la poudreuse au fond d’une impasse en forme de vagin.

Pendant plus de dix ans, on le vit émerger de voitures aux vitres embuées, pleines de naïades à moitié dénudées, proférant des soliloques hallucinatoires dignes du réplican dans la scène finale de Blade Runner :

J’ai vu des choses que vous humains, ne verrez jamais ! Des strings comestibles fondre entre deux demi-lunes par-dessus l’épaule de Vénus, des gerbes de feu maculer de larmes de blancheur de nubiles visages dans l’aube blafarde, des langues bifides de femmes infidèles avaler l’intimité de l’inconnu de la dernière heure dans un trou noir de sentiments.

 

Le seul fait notable qui eut lieu durant cette période fut l’écriture. Pour se faire désirer, il faut se faire voir, alors Antonin commença à publier des petits billets drolatiques sur Facebook.

La horde de pouffiasses qu’il empalait sur son vit lui fit croire qu’il disposait de quelques qualités littéraires. Trop défoncé pour s’apercevoir que la littérature se limitait chez elles aux posts d’Alex Lecouillard sur ledit réseau social, l’imbécile les crut !

 

Depuis un an, pour purger son mal de vivre, il se consacrait uniquement à l’écriture et dérivait dans la déréliction à en perdre la raison.

Le radeau de mots qu’il construisit pour ne pas sombrer socialement se délitait de toute part.

Il vivait la nuit pour jouir d’une qualité de silence optimum, alchimiste obsessionnel qui recherche sans relâche l’agencement parfait des vingt-six caractères magiques, la formule secrète des mots immortels. Il courut le risque de perdre son existence devant une page blanche pendant que la vie réelle s’écoulait inexorablement à l’extérieur. Déconnecté du quotidien, chaque jour, il noyait sa dépression dans un océan d’alcool en relisant ses phrases de plomb de la veille. Sa passion pour l’écriture le coula dans le ténébreux cachot de la folie.

Un beau jour (ou peut-être une nuit ?) pour sortir de sa torpeur, il décida de créer un blog pour présenter ses travaux à un vaste public. Une semaine avant son lancement, une de ses ex particulièrement retorse lui refila la grippe. Cloué au lit, le pauvre bougre ne put rien faire et dû attendre trois jours avant de pouvoir ne serait-ce que lire un livre, ce qu’il fit…

« Bonjour tristesse » d’une dénommée Françoise Sagan. Quatre-vingt-seize pages comme on le dit si bien dans son langage d’inculte « de la bombe de balle, famille ! ».

Il pleura, se roula par terre en hurlant, arracha les poils de son pénis puis les mangea, avant de faire le bilan, calmement en se remémorant chaque instant de sa pitoyable existence.

Sa scolarité échec, sa carrière universitaire néant, sa vie professionnelle échec, sa vie sentimentale échec, ses relations familiales échec, ses amis une brave bande d’enculés !

Lucide (pour une fois), il décida de se faire sauter la carafe d’une bastos et basta la comédia !

Au moment où il allait appuyer sur la détente, on tambourina à sa porte ?

Rien à foutre, je vais mourir, hurla-t-il. Malgré ce, les coups redoublèrent.

Exaspéré, prenant sa curiosité à deux mains, il alla ouvrit sa lourde et là, il tomba nez à nez avec un gitan d’une cinquantaine d’années au physique digne d’une sculpture de Botéro, les yeux exorbités, qui agitait son index montrant un coup sa bite, un coup sa bouche, un coup sa bouche, un coup sa bite tout en vociférant : HaHeuHahaheueuheheneuheu !!!!

Antonin, suspicieux, le mesura du regard tel un boxeur avant le premier round avant de lui dire…

 

To be continued, based on a true story

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