Les papillons sont des fumeurs de haschichs

Les papillons sont des fumeurs de haschichs
Temps de lecture : 3 minutes

 

 

Arrivé au sommet de la colline, les pieds à la frange de la falaise, il se vida lentement du bruit de la ville.
Les couleurs feu de l’autonome descendaient dans la vallée.
Le silence se posa, percé par endroits par des piaillements d’oiseaux.
Il repensa à toutes ces danses auxquelles il n’avait pas pris part, à toutes ces femmes que ses bras n’avaient pas étreint.
Rien ne le différenciait des autres. La plupart du temps, il parlait pour meubler.
Comme tout le monde, il avait rarement quelque chose d’intéressant à dire.
Il se vida sans discontinuer des petites pollutions du quotidien, les sonneries des téléphones, les bips des notifications, le marketing en flot continu, la musique omniprésente, les vrombissements des moteurs.
Conscient des libertés qu’il avait perdues, une goutte de spleen s’échappa de son cœur.
Ses idées roulèrent dans un écrin de verdure qui le rasséréna.
Après cela, il se mit à vibrer d’une intensité différente en symbiose avec la nature qui l’entourait.
Puis, la sérénité de la nuit qui tombait l’enveloppa sans un bruit.
Vivre à la frontière du moderne et du sauvage est un exercice de funambule.
Dire que c’est précisément ce soir-là qu’il bascula n’a rien d’évident.
Le processus semblait enclenché depuis de nombreuses années.
Pour devenir un papillon, il faut d’abord être une larve.
Connaître l’incarcération du cocon pour savourer pleinement les ailes de la liberté.

Dans les vapeurs évanescentes du lointain, le coucher du soleil grogna d’une fureur.
Celle des humains.
À l’abri des dogmes, les légions des vérités acquises se dressent.
Ils grouillent partout sur le globe, les cloportes qui se replient sur eux-mêmes à l’ombre de leurs carapaces teintées d’obscurantisme.
Les parasites de la liberté.
Les papillons sont des fumeurs de haschichs, ils n’ont pas de but bien précis, ils vont là où le bon pollen les mène, ils savent que leur temps est compté.
Le papillonnage est un art subtil qui nous libère des deux plus grands maux du monde moderne.
La possessivité et la jalousie.
Quant aux cloportes, ils refusent de voir la lumière.
Lui se retrouvait là, les deux pieds au bord du précipice songeant qu’il était l’heure d’apprendre à voler.

Il expira à pleins poumons toute cette merde un long moment, jusqu’à toucher les rives de l’indifférence.
Trouver les réponses à ses questions ne l’intéressait plus.
C’est l’amalgame de nos émotions contraires qui donne son sel à la vie.
Marre d’être une larve qui rampe sur cette vieille croûte terrestre !
Il ferma les yeux, décida de lâcher prise, de se jeter dans le vide, d’embrasser le néant.
Il vit défiler le filme de sa vie. Les joies et les peines qui s’y enchaînèrent. Le poids de ce qu’il avait obtenu et celui de ce qu’il avait perdu en route.
Il souleva ses souvenirs dans les poussières de son enfance, des horizons pleins d’avenir loin du crépuscule actuel.
C’est alors que son corps fut soustrait à la gravité de ce monde.
Il se mit à planer ne faisant plus qu’un avec son esprit. Ensemble, ils traversèrent les volutes des nuages avec la grâce d’un aigle royal.
À partir de maintenant, il serait papillon virevoltant au-dessus de la masse mortelle des larves et des cloportes.
Plus jamais les chaînes du système n’enlaceront ses poignets, ses doigts resteront vierges de toute bague.
Au milieu des étoiles, il jura fidélité à cette nouvelle bouffée de liberté.
Il acheva sa folle envolée spatio-temporelle en retournant à l’état de fœtus flottant calmement dans la tiédeur du liquide amniotique.

L’atterrissage eut lieu à l’aube. Quand il ouvrit les yeux ce fut pour constater qu’il gisait au sol en position latérale de sécurité, exactement à l’endroit où il avait décollé ?
Malgré sa surprise et un mal de crâne lancinant, un nouveau soleil irisait en son for intérieur.
Enfin, il tenait une certitude ferme qu’il s’empressa de formuler de la sorte :
« Elle était vachement forte cette beuh ! »

Tous mes encouragements pour votre texte, plein de belles images… j’avoue que j’aurais souhaité une fin plus ouverte, que le personnage atterrisse, pourquoi pas, sur une autre planète… qu’on entre dans de la science-fiction…

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