Un pote un peu pédant sur les bords

Un pote un peu pédant sur les bords
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L’action se déroule l’année durant laquelle la France tomba en ruine.

Des immeubles s’effondrèrent principalement à Marseille mais,aussi ailleurs dans l’hexagone.

La grogne sociale des gilets jaune laissa des stigmates sur les façades des centre-ville.

À peine fini le ravalement de printemps pour l’arriver tant espéré des touristes, qu’une canicule explosa les records de chaleur historique déclenchant un torrent d’annulations de réservations.

Malgré, le climat de guerre civile qui s’égraina au fil des mois, rien ne pouvait empêcher les Français de continuer de s’aimer. De fuir l’étroitesse de leur cage à lapin pour respirer l’oxyde de carbone des grands boulevards de le dystopie actuelle, les poumons gonflés de cet espoir à la fois ridicule et touchant que donne l’amour aux amoureux.

La rentrée sociale s’annonçant des plus tendue, deux amis se retrouvent dans un bar à Montpellier pour échanger sur l’épineux sujet qui les préoccupe le plus. Autour d’eux le monde s’effondre.

Le premier dit au second :Alors, le gueux ! Que me vaut l’honneur de cette invitation ?

-ô firmament de la séduction sudiste, aura nimbé de gloire des gentlemen-farmers, pourrais-tu me présenter une bonne meuf à niquer ?

Pour une fois, ami lecteur, je me vois contraint d’enfreindre les règles de la nouvelle en donnant une description impartiale au plus proche de la réalité des deux personnages, éléments indispensables pour une bonne intelligibilité du récit.

Le premier possédait un large front dégarnit, signe d’un esprit vif, un long nez délicat capable de humer les bons petits plats comme les bons plans ;en lieu et place de ses yeux se trouvaient deux étincelantes amandes d’émeraudes d’une profondeur insondable, serties dans une peau cuivrée elle-même agrémentée d’un élégant collier de barbe argenté de maturité finement ciselée.

Ce ténébreux méditerranéen aux allures d’éternel gandin consumait les cœurs dans son sillage.

Cet être de lumière aussi fin de corps que d’esprit possédé un sens inné de la répartie, toujours bien à propos, qui faisait des ravages dans les mondanités auxquelles il s’adonnait.

Gouailleur juste ce qu’il faut, l’agilité de sa verve n’avait d’égal que la puissance de sa verge.

Un classieux hédonisme émanait de toute sa personne et, apanage des grands hommes, l’humilité restait sa principale qualité.

Le second était courtaud, ventru, le crâne verruqueux, de gros yeux globuleux de poisson mort remplissaient inégalement ses orifices oculaires.

Ses sourcils se rapprochaient dangereusement de la naissance son cuir chevelu insigne des personnalités butées.

Décrire plus en avant ce physique disgracieux serait un manque de tact vis-à-vis de mon lectorat tout en me faisant courir le risque de le rendre nauséeux.

L’un des deux n’avait pas eu de relation sexuelle depuis presque une décennie.

Celui-ci interrogea l’autre en le pourléchant de flatteries : -Lord Byron, mon poète préféré déclamait : ma bite est à l’image de ma carte bleue, à simple usage décoratif…

Puis, il jeta un regard de lapereau apeuré à son compère avant de poursuivre : ô divin poète des terres baignées de soleil, phare philosophique du bas Languedoc, fils de l’infinie beauté occitane et de l’ancestrale sagesse provençale, n’aurais-tu point quelques muses de ton cheptel à me présenter ?

Les longs doigts de pianiste du bellâtre extirpèrent lentement une cigarette de son paquet. Ensuite il alluma comme s’il prenait la tête d’un nouveau né entre ses mains et recracha la première bouffée avec une indescriptible volupté avant de contempler les volutes en donnant l’impression d’y déchiffrer l’avenir. Après un moment, il s’adressa à l’autre la tessiture feutrée :

-Tu m’envoies vraiment navré pour les infortunes de ton pénis misérabilis, mais que puis-je faire pour te venir en aide ?

Je ne sais pour quel musagète tu m’as pris le gueux, mais ne comptes pas sur moi pour te présenter une nymphe à lutiner. Je ne suis pas thaumaturge tout de même !

S’il est vrai que durant mes vertes années le marivaudage fut ma martingale à présent je ne suis plus dans le gamme, vieux ! Je suis rangé des voitures.

La figure vultueuse de l’être difforme se crispa dans un rictus de vexation. Il reprit le ton acerbe empreint de la fourberie et la veulerie d’un archer médiéval anglo-saxon : Mais,

comment peux-tu être rangé des voitures ? T’as pas de voiture !

Le solaire méridional, tendrement, il s’empara de la main de son copain et tapota gentiment le dessus avant d’ajouter  :

De plus, tu débloques complètement. Jamais Byron n’a eu de carte Visa. Tu cites un de mes statuts facebook qui date de quatre ans en arrière.

-Ah…je suis confus, mais permets moi d’insister lourdement, ô enfant céleste de l’altruisme et de la pertinence, pape de l’allosexualité, flamme éternelle du bel esprit, je sens qu’une rebuffade supplémentaire du destin me coucherait définitivement sur le flanc.

Je te prie de bien vouloir recueillir ma supplique, cascade de bonté sans fin, symbole ambulant de fertilité masculine. La lope se rembruni et reprit d’une voix effectuant des modulations entre cri strident et sanglots larmoyants, aide moi à pécho une meuf bordel de merde  ! Dans la multitude, tu dois sûrement en connaître une prête à tout miser sur la beauté intérieure  ?

Les exalhésions axillaires du rebut de l’humanité cumulé à la touffeur de l’endroit mettaient le beau-gosse au bord de l’apoplexie. Il reprit tempétueux :

Cesse tes momeries compassées. Tu me tympanises avec tes coquecigrues  !

Laisses moi te dessiller sur ta condition de sacciforme.

Tes talents de panégyriste spécieux n’empaumeront point la gueuze 2.0.

Encore si tu étais pété de thunes, mais la c’est mort de chez mort, gros.

L’idéal mon féal, serait de te trouver une péronnelle qui mise tout sur la beauté intérieure…mais alors vraiment TOUT  !

Sinon il faudrait que je dégotte un physique féminin en parfaite adéquation avec le tiens. Autant te dire que…

-Que quoi  ?

La superbe du bellâtre bâtit de l’aile. Il se visualisa en train de téléphoner à tous les zoos du pays pour savoir s’ils n’avaient pas une femelle orang-outan victime de malformations de naissance à vendre. Puis, son bon cœur le fit songer à la cécité. Une non-voyante serait une compagne idoine pour son ami.. trop compliqué ! Pour se débarrasser du fâcheux, il lui raconta une histoire du Montpellier d’aujourd’hui :

Laisse-moi te narrer le drame qui se déroula la dernière fois où je recourus à de telles pratiques.

Ce fut pour un ami, montpelliérain de souche, qui par pure rébellion aux mœurs locales, se faisait un point d’honneur de garder son anus intact.

Ce chanteur de blues à la voix de basse rocailleuse qui arborait fièrement sa quarantaine bien tassée, me demanda de lui présenter une jeunesse de vingt-cinq ans lors d’une soirée en boîte de nuit.

Une fois la créature rapatriée dans son domicile, la fièvre du désir sexuel les engloutit.

La diablesse lui sauta dessus pour se livrer à une fellation digne d’un aspirateur Dyson  !

La jeune femme qui avait fait son éducation sur les sites pornographiques gardait plus d’un tour dans son sac pour lui faire atteindre l’orgasme  !

Ni une ni deux, le trouvant beau gosse, elle décida d’enfourner deux doigts au fin fond de son fion pour dégoter son point G.

Surpris de se faire fureter le vide-ordures sans crier gare, il lui asséna une claque réflexe.

Putain de réflexe qui fit serrer les mâchoires de la bougresse au moment de l’impacte  !

Depuis, mon pote est castrat à l’opéra Comédie…

Comprends-moi bien, mon féal, au nom de l’amitié qui nous unit, jamais plus je ne ferais courir de tels risques à une personne chère à mon cœur  !

Mais, Bernard est là  ! Il est super-sympa. Si tu veux, je te le présente. Je suis sûr que vous allez bien vous entendre  !

Dis-moi, ô petit monstre boursouflé de veuleries, ne serais-tu pas devenu un peu pédant sur les bords  ?

Que te dires de plus ami lecteur  ?

L’homme fin et racé se leva dans un maelström néronien, lâcha un «  Tsssss  » méprisant en tournant les talons. Sur son passage en sortant du bar, il raviva les braises du désir dans les yeux des femmes tout en enflammant leurs entrejambe.

La réside le nœud de l’histoire. Seules les apparences comptent aujourd’hui.

La beauté intérieure est un concept inventé de toutes pièces pour donner aux moches la force de supporter leur condition dans un monde dominé par l’image.

On n’a tous dans notre entourage, un jour, un ou une ami(e) qui nous a demandé de lui présenter quelques-unes de nos connaissances en vue d’une relation charnelle.

Jouer les entremetteurs dans ce genre de circonstance n’est pas forcément une bonne idée.

Agir de la sorte revient à créer un couloir de conditionnement entre deux personnes.

Vous avez vu que libérer le pouvoir de la suggestion ne va pas sans certaines conséquences qui peuvent s’avérer fatales  !

Alors, la prochaine fois que quelqu’un te demande de jouer les entremetteurs pour lui, n’hésite pas à relater l’histoire du chanteur de blues montpelliérain, mon brave ami lecteur.

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