À propos de l’écriture et de la littérature actuelle

À propos de l’écriture et de la littérature actuelle
Temps de lecture : 5 minutes

C’est facile d’écrire sur les putes ; écrire sur une femme estimable est beaucoup plus difficile. 

Charles Bukowski, Women

Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont la philosophie de la poésie.

La philosophie ainsi comprise, englobe la poésie. La poésie ne pourra pas se passer de la philosophie. La philosophie pourra se passer de la poésie. 

Isidore Ducasse, conte de Lautréamont, Poésie I

L’écriture, c’est du shadow boxing, un combat contre son ombre. L’oreille en permanence à l’affût, il faut arriver à décocher instinctivement le mot qui frappe au bon endroit.

L’histoire est déjà là, prête à être taillée dans des blocs invisibles.

À la fin, la noirceur animale recouvrira la virginité originelle, mais le jeu en vaut la chandelle.

Il ne faut pas mentir, chercher à être un autre. Une page blanche c’est déjà un miroir déformant.

Comme en boxe, la technique est rudimentaire.

Certains l’ont dans le sang dès la naissance, d’autres l’acquièrent au fil d’un dur labeur.

L’important, c’est la constance de la pratique quotidienne jusqu’à ce qu’écrire devienne un réflexe.

De l’éclosion du talent à sa floraison, cela ne demande qu’un seul ingrédient qui fait souvent défaut, la patience.

Pour moi, l’art est une tragédie. Créer, c’est comme aimer, c’est souffrir. Les meilleures créations naissent dans un mélange de larme et de sang. Là se situe l’art, dans la douleur. Il ne souffre pas de la présence d’autrui quand il couve un artiste. En quête d’immortalité, il ne cherche pas à exister dans les regards extérieurs de son vivant. Il réside dans les silences solitaires de l’inspiration flirtant avec la fragile frontière de la folie. Il sonne faux sans une mise en danger total de l’auteur.

La misère, la souffrance physique, la solitude ne sont rien comparés à l’atroce douleur de ne pas arriver à s’exprimer exactement sous la forme que l’on projette.

La morsure addictive de la pratique artistique comme anxiolytique à un environnement anxiogène est à la fois cancer et thérapie. Une vie ne suffit pas, dans la majorité des cas à produire une seule œuvre valable.

Celle qui donne de la verticalité à celui qui la rencontre.

L’art n’est pas un travail, c’est une raison de rester vivant, c’est une passion dans sa racine grecque, un pathos, dans l’étymologie chrétienne du mot : un supplice enduré par un martyre.

Une passion ne se travaille pas, elle se subit.

Ceux qui disent qu’ils doivent travailler quand ils parlent de création artistique font fausse route.

On ne peut pas être un artiste avec une épouse, deux virgule quatre enfants, un labrador et un crédit de trente ans sur une villa préfabriquée. Quand le système peut nous châtrer d’un simple claquement de doigts, on est un plaisantin, on fait du divertissement, pas de l’art.

L’écriture doit être une odyssée introspective sans billet retour dans les limbes clairs-obscures de l’âme humaine.

La transe médiumnique est le seul chemin qui mène à l’art.

C’est lors de ces moments de méditation transcendantale quand une main invisible guide votre plume que vous créez. Cela nécessite une solitude absolue !

Du moins c’est ma vision, un tantinet jusqu’au-boutiste, du truc…

Alors, je m’interroge ; d’où provient l’engouement actuel pour les ateliers d’écriture ?

On ne met pas des photos de soi quand on a une rhino-pharyngite ou qu’on est en dépression nerveuse sur son instagram…

Pour celui qui crée dans la souffrance, écrire à plusieurs est aussi absurde que de jouer au foot tout seul.

Et d’ailleurs, qui a-t-il de plus antinomique que de se mettre à plusieurs pour écrire ?

Ne voyez-vous point ces ateliers d’écriture amateur fleurir à chaque coin de rue, qui ânonnent les mêmes âneries appris sur internet ?

Ils ont besoin du groupe pour exister, apprendre à versifier et surtout motiver mutuellement leur médiocrité de chétif plumitif. Quel est leur but faire des photocopies d’auteurs qui cherchent à se complaire à tout prix dans le regard des autres ?

Les bêtises qu’ils débitent à haut débit sont affligeantes : « Enregistrez-vous en train de lire votre texte à voix haute, puis réécoutez-le ! Ainsi vous pourrez voir ce qui accroche à l’oreille, vérifier la ponctuation et même lui imprimer un souffle. »

Comme ci Victor Hugo ou Arthur Rimbaud s’étaient écoutés dans le casque de leur e-phone.

Et ne prenez pas le « gueuloir » de Flaubert comme contre exemple, cela n’a rien à voir.

Dans ce genre d’atelier, le mirliton de cérémonie y a souvent autoédité sur Amazone, un recueil de poésie d’une mièvrerie pathétique, du genre :

La peau noire de la nuit enivre mon cœur.

Dans le placard de l’ennui vibre une lueur

Douce chaleur qui cristallise mes peurs

L’aube lève son voile, s’envolent mes humeurs

Au fond de ma grotte gonfle une rumeur

Ciel, je m’étais assis sur mon vibromasseur !

Nonobstant, leur pouvoir de nuire est aussi faible que leur talent. Ils se regroupent sur des sites qui organisent des concours, confondant PMU et littérature, où les gagnants sont des histoires de chatons débiles, de train qui voyage dans le temps et autres niaiseries de ce genre. Ils participent au printemps des poètes pour exhiber leur prose miteuse de catins décaties comme dans un vulgaire concours canin.

Les poètes SMS oublient trop souvent que plus c’est court, plus c’est con.

Ils se branlent le stylo, point barre !

Après tout, ils ont bien le droit de s’occuper, à chacun son sudoku…

Longtemps j’ai cru que la littérature était le dernier bastion de résistance culturelle pour échapper à l’ère du divertissement permanent… je fus de ce point de vue-là un doux rêveur naïf et utopiste.

Car, en termes de nuisances, la source originelle du mal littéraire actuel est « le marché » de l’édition.

La plupart des grandes maisons d’édition ont l’air d’être tenues plus par des chefs de projet marketing plus que par des directeurs artistiques. Ils se basent pour publier un auteur sur des chiffres et des statistiques.

Ce n’est plus un secret pour personne : les femmes lisent plus que les hommes.

Partant de ce principe simple, des petits sacs de fientes d’éditeurs créèrent une filière littérature féminine qui ne se contente plus de guide marabout sur comment ranger ses placards ou communiquer avec son intestin grêle (je fais volontairement l’impasse sur la daube 2018 qui pulvérisa les chiffres de vente « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu as complètement raté la première à force de suivre les conseils psychologiques de merde des magazines féminins.  »), mais nous pond une série « d’autrices » dont la bouffeuse de fruits pourris à chapeau mou de Bruxelles est la chef de file.

Des romans insipides ou l’art de décrire la vacuité pendant d’interminables pages sont devenus un style à part entière.

Ces autos proclamées passeur de savoir ne sont en réalité que des passeurs de soupe.

Les dégâts psychiques occasionnés sur la population féminine de notre pays laissent des séquelles irréversibles !

N’importe quelle pétasse de ménagère de moins de cinquante ans croît qu’elle peut pondre un bouquin comme elle a chié son horrible chiard pour enrichir l’humanité de son expérience personnelle. Quel drame !

À grand renfort de campagne de publicité, les maisons d’édition sont à l’origine de cette cascade de consommé de navets qui dégouline sur les réseaux sociaux.

Outre les tapins classiques Nothomb, Vigan et consorts, Aurélie Valogne avec ces historiettes inoffensives, de papy grincheux, de belle-fille sympatoche, de toutou malicieux, de garnement trop chouchous, d’espiègle chipie est la preuve qu’une blogueuse sans talent peut vendre des millions d’exemplaires en débutant par publier sur la toile.

Les femmes et les requins du marketing sont en train d’atomiser la littérature française de l’intérieur

Simone de Beauvoir disait : « Il y a des femmes de talent : aucune n’a cette folie dans le talent qu’on appelle le génie » (le deuxième sexe 1949)

Dans dix ans les maisons d’édition seront à l’image des maisons de disques…anecdotiques.

Amazone va mettre sur le marché une liseuse équipée d’une petite caméra qui captera les émotions et réactions des lecteurs. Révolution totale, rêve à portée de doigt de tous les auteurs.

Quel écrivain qui n’a jamais rêvait d’être une petite sourie et de se glisser sur l’épaule de son lecteur pour y épier ses réactions ? Tous aimeraient avoir ce privilège qui sera demain à la portée de chacun. L’heure où la plus grande révolution depuis l’imprimerie va assassiner l’imprimerie est proche.

Nous verrons alors si comme pour la musique le choix du plus grand nombre généralisera la médiocrité de la pensée unique, ou si un nouveau courant littéraire émergera.

À Zweig, Gary, Nerval, Monterlant, Brautigan, Dagerman, Elgof, Kennedy Tool, Crevel, Hemingway, Mishima.

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