Nina sur Sade

Nina sur Sade
Temps de lecture : 37 minutes

Nous sommes tous différents, pourtant les lois de l’instinct de reproduction nous gouvernent parfois contre notre volonté.

Les pulsions sexuelles sont la voix d’une énergie rebelle, sauvage, animale, s’élevant du bas, fermement décidé à prendre le contrôle de notre raison, ramenant dans le royaume de la chair les plus sincères de nos serments.

Pendant des années le sexe a été muet, considéré comme un péché. Les pratiques sexuelles furent cantonnées durant des siècles par la religion à la simple fonction de reproduction.

Entre la perte de l’innocence de l’enfance et l’arrivée de plus en plus tardive de la sagesse, nos muqueuses génitales sont au centre de nos préoccupations et font couler des fleuves d’encre.

Xy ment sur les sommes d’argent qu’il gagne, Xx ment sut son âge.

La valse incessante de la force et de la beauté, posséder et séduire, testostérone et œstrogène.

Quelque soit le partenaire la finalité est toujours la même.

La petite mort. Décharge électrique qui annule la vie terrestre pendant quelques secondes.

97% des mammifères ne sont pas monogames. De tous les mammifères, l’homme est le seul chez qui le désir de sexe est constant. Les autres espèces sont régies par le cycle de la saison des amours. L’objet du désir devient vite un objet de haine quand il ne peut être possédé et perd sa valeur quand il est consommé.

Se casserait-il la jambe devant nous que nous ririons spontanément si un inconnu le faisait de façon ridicule.

Beaucoup d’enfants torturent sans motif des insectes à leur merci.

La cruauté fait partie des caractéristiques intrinsèques de notre espèce.

Quand les pratiques sexuelles focalisent trop notre attention, un processus d’autodestruction s’enclenche.

L’homme est la seule espèce dont le mâle tue sa compagne.

Nina s’inquiète de ce feu qui dévore son bas ventre depuis qu’elle a appris la mort de son père.

Les phénomènes d’hypersexualité après un décès ne sont pas rares.

La chaleur, le mouvement, la respiration, les corps, représentent la vie.

Normal que certaines personnes ressentent le besoin de vivre plus intensément dans ces moments douloureux.

Son agression a perturbé sa sphère onirique à tel point que Nina se demande si elle ne refoulerait pas un phantasme de viol ?

Ses étranges cauchemars l’ont poursuivi jusque dans la propriété de Saint-Gènies.

Ces réveils en sueur mêlant excitation et sensation d’étouffement se font récurrents.

Elle déambule erratique dans la grande demeure désertique de ses parents. Enveloppée de nostalgie, elle ne peut s’empêcher de revoir les moments de son enfance qui restent gravés là dans l’invisible.

Les bruits d’enfants en train de jouer dans une cour d’école résonnent dans le lointain dépourvu de toute trace d’éternité.

Son instinct la mène dans le grenier à la recherche des bribes de son passé.

À peine un quart d’heure à fourgonner qu’elle déniche un carton remplit de livres datant de 2001, son déménagement de l’appartement qu’elle occupait avec Antonin.

Le premier contient des livres appartenant à son premier amour : Les 120 journées de Sodome et Gomorrhe, Justine ou les malheurs de la vertu, Juliette ou les prospérités du vice, la philosophie dans le boudoir. Un sourire se dessine sur son visage, sous les livres d’Antonin se trouvent des cours et bouquins de sociologie : la psychologie des foules, d’Auguste Lebon, Géométrie du désir de René Girad, Propaganda comment manipuler l’opinion en démocratie d’Edward Bernays, le viol des foules par la propagande de Serge Tchakhotine et le malaise dans la culture de Sigmund Freud.

C’est décidé, elle ne bougera pas de la journée. S’occuper l’esprit pour éviter que la corde de la mélancolie qui étrangle son cou depuis l’aube ne la pende dans la dépression.

L’ancienne étudiante en sociologie doit extirper quelque chose qui lui pèse. Un pressentiment lui susurre qu’elle trouvera une partie des clés qui résoudront ce vide intérieur qui l’aspire depuis plusieurs mois dans ces reliques datant de la moitié de sa vie.

L’idée de porter plainte lui trottait dans la tête.

Seulement 20% des victimes de viol déposent plainte. C’est un cas de conscience. Nina hésite, les événements de la coupe du monde l’ont plus perturbé que sa carapace ne l’autorise à le croire.

Ne rien faire, indirectement s’est accordé l’impunité à ses agresseurs. D’un autre côté, les statistiques sont éloquentes.

Rien que pour les cas de harcèlement sur le lieu de travail 97% des plaintes qui aboutissent au pénal sont classées sans suite.Le message qu’envoie la justice aux femmes est clair : ta gueule et suce !

Depuis quelques années, un nouveau phénomène se propage comme la peste dans toute la France. Le harcèlement de rue.

Une loi doit être votée à l’assemblée pour renforcer les mesures prises contre les violences faites aux femmes. Une femme meurt tous les trois jours dans ce pays sous les coups de son conjoint, le Code pénal n’y a rien changé.

Nina n’ira pas perdre trois heures dans un commissariat pour porter plainte contre le bien nommé « X » accusant quatre crétins masqués qui lui ont couru après et qui ne risquent absolument rein pour cela.

Comment on est-on arrivé là ? Pourquoi des mâles en rut n’arrivent-ils plus à contrôler leurs pulsions, se frottent aux femmes dans les transports en commun, les accostent pour leur proposer directement du sexe et les insultent violemment voire les frappent si elles refusent de coucher avec eux dans la minute?

Sous les rayons de soleil orange qui filtrent par le vasistas détaillant les grains de poussières dans leur chute, Nina s’assied par terre et feuillette l’ensemble.

Les secondes se dilatent, les minutes filent, les heures s’étirent. Absorbée dans la nébuleuse de ses pensées, Nina passe d’un livre à l’autre sans que l’univers qui l’entoure n’ait plus d’importance.

Huit heures se sont écoulées depuis que Nina a pénétré dans ce grenier. La course déclinante du soleil lui fit prendre conscience de la fuite du temps. Frappé par une sorte d’illumination, son cerveau tisse des liens entre la philosophie de Sade, le capitalisme sauvage, l’omniprésence de la pornographie au XXI siècle, la manipulation de l’opinion publique.

Contrite, elle ressent le besoin de coucher l’enchaînement de ses idées sur du papier pour mieux cerner les points de contact que son esprit perçoit.

Elle redescend les bras chargés de livres, commande une pizza, boit un café et file prendre une douche avant que le livreur arrive.

Au contact de l’eau sur sa peau, elle se rappelle les sensations fortes que son ancien métier lui faisait éprouver. Quand une transaction réussissait, qu’elle triplait voire quadruplait sa mise de départ une pulsion orgasmique frissonnait de la pointe de ses orteils à la racine de ses cheveux.

La bourse c’est comme la roulette au casino. Shoot d’adrénaline sur shoot d’adrénaline, le grand frisson garanti !

Si les traders sont des parodies d’eux-mêmes, c’est par ce qu’en dehors de leur boulot, ils cherchent à retrouver des sensations d’une telle ampleur. Pervers narcissiques, ils dépensent des milliers de dollars en cocaïne, prostituées ont des pratiques sexuelles à haut risque.

C’est la course à celui qui dominera le plus fort en public comme en privé.

Une fois devant son ordinateur en peignoir de bain, une serviette éponge nouée sur la tête, une part de pepperoni à la bouche, son téléphone en mode avion, Nina poursuit ses recherches pour relier capitalisme et concupiscence, libéralisme et libertinage, luxe et luxure.

Rapidement sa collecte s’avère fructueuse.

Sur un bout de papier, elle établit son plan de rédaction en partant de Sade pour finir au harcèlement de rue.

Son point de départ : Donatien Alphonse François de Sade., dit D.A.F. Un fou, un génie, un psychopathe, un philosophe.

Pour comprendre son œuvre, Nina a besoin de connaître la vie de l’auteur.

Sade était un enragé, une furie incontrôlable contre toutes les normes établies, imbu de sa personne, pervers narcissique par excellence, assoiffé de chair et de sang, ce n’est par pour rien qu’il donna son nom au sadisme, une perversion présente en chacun de nous que l’on ne savait nommer précisément avant lui.

C’est le besoin de transgression des pervers qui bouscule la norme établie, qui redéfinit les lignes, les frontières. Sade s’est aventuré là où personne n’était jamais allé avant lui.

D’un côté, il fut une sorte de prequel du punk donnant ses lettres de noblesse à la philosophie du No Futur, inventant la devise « ni Dieu ni maître », mais son sang bleu, son amour du pouvoir de ses privilèges, son besoin de domination ne le positionnent pas en anarchiste de la première heure.

L’origine du soleil noir du Siècle des lumières s’explique dans son enfance.

Quand on se penche dessus, toute la vie du marquis et de ses œuvres s’imbrique de façon surprenante avec l’histoire.

Il vit dans une époque charnière qui va bouleverser la face du monde, celle de la Révolution française, de la naissance de la démocratie qui reste le modèle universel sensé garantir la liberté des hommes.

Donatien Alphonse François de Sade naît à Paris le 2 juin 1740 de Jean-Baptiste François Joseph Comte de Sade et de filiation royale avec le prince de Condé par Madame sa mère Maillé-Brézé.

Cette dernière, dépressive l’abandonne à l’âge de quatre ans dans le luxueux hôtel de Condé.

Appartenant à la plus haute noblesse par sa mère, le Languedoc et une partie de la Provence sous le joug de son père, l’enfant est élevé dans l’idée d’appartenir à une race supérieure et révèle très jeune une nature despotique.

Son père est le premier Provençale de la famille à monter dans la capitale. Rocco Siegfredi bisexuel du XIIX, se courtisant multiplie les conquêtes et aventures avec tous les privilèges que lui autorise son rang.

Il adhère aux thèses des libertins, à l’origine une secte protestante anabaptiste adeptes de la communauté des biens et de la liberté sexuelle. L’accès à une forme de spiritualité, non pas par l’esprit, mais par le corps.

Tout ce qui composera plus tard son œuvre se met en place durant les premières années de sa vie.

Son père l’envoie à l’âge de quatre ans chez son oncle l’Abbaye de Sade au Château de Saumane à l’Isle sur Sorgue qui l’héberge jusqu’à ses dix ans.

Ecclésiastique atypique, l’abbaye vit en concubinage avec deux femmes et organise des parties fines où se voient convier prostitués des deux sexes.

Sade ne perd pas une miette de ces orgies sexuelles par le trou de la serrure.

La proximité de cet oncle libertin qui prêche la bonne parole à ses ouailles le jour avant de se rouler dans le stupre le soir ouvre les yeux du jeune Sade sur l’hypocrisie du costume social et les vices masqués derrière les apparences. Ensuite, c’est les Jésuites jusqu’à quatorze ans. Châtiments corporels, pédophilie, homosexualité sont son lot quotidien. Puis, l’armée. La cavalerie légère.

Avant son départ pour la guerre de Prusse, son père le fait venir à Paris pour lui partager ses maîtresses. Des femmes choisies pour leurs connaissances dans le domaine de l’intime, mais aussi pour la pertinence de leur esprit libertin. Il couche avec ces courtisanes souvent accompagnées de son père qui veille au bon déroulement de son éducation.

Après le luxe et les raffinements des palais parisiens, c’est la guerre contre les Prussiens à la frontière belge, les combats aux corps à corps, les corps mutilés, les tripes à l’air, les visages défigurés, agonisants.

Dans des circonstances qui plongeraient bon nombre de nos adolescents du XXI siècle dans un état de légume catatonique sous anxiolytiques, Sade fait preuve d’acte de bravoure.

Ses supérieurs relèveront un comportement perturbé, corrupteur, bagarreur, qui passe son temps libre dans les bordels. On imagine tous les sévices auxquels il a pu s’adonner en toute impunité.

À dix-neuf ans de retour en France, il est plus enragé que jamais.

On peut présumer sans trop de risque qu’il devient une sorte de prédateur sexuel prélevant ses victimes dans la plèbe.

Ce n’est pas le seul noble de l’époque à abuser de mendiants, d’orphelins, de pauvres.

La langue française regorge d’expressions et de mots cautionnant les abus sexuels de la noblesse sur leurs sujets. Droit de cuissage, de troussage, amour ancillaire.

De même que les bandits en col blancs et les politiciens d’aujourd’hui, la noblesse est haut dessus des lois. Des Marquis, des Comtes, des Ducs tirent sur leurs serfs pour s’exercer à la chasse.

On les inquiète rarement et on étouffe les scandales autant qu’on peut.

Malgré ses parentés royales, son père lui trouve une épouse de choix, Renée-Pélagie de Montreuil dont la mère à une grande influence sur le milieu judiciaire en plus d’une énorme fortune.

Voilà le sanglant marquis marié à vingt-quatre ans.

S’ensuivra l’affaire Rose Keller. Une mendiante que Sade ramasse dans la rue le jour de pâque, qu’il fouette, lacère, brûle ses plaies à la cire chaude. La malheureuse arrive à s’enfuir de justesse et dépose plainte.

Nous sommes vingt ans avant la Révolution française. Le peuple meurt de faim, la noblesse accapare toutes les richesses. Le jour de pâque est un symbole important pour la France encore fille aînée de l’église, on y recense la population au nombre d’hosties distribuées. Commettre de tels outrages ce jour-là est impensable, Sade le fait sciemment. La loi condamne le blasphème d’un gueux pour beaucoup moins que cela.

Incontrôlable malgré son entregent, Sade devient un bouc émissaire pour calmer la grogne du peuple envers la monarchie.

C’est un tournant décisif, sans la prison Sade ne serait pas devenu écrivain.

D’autres affaires sont connues notamment les prostituées de Marseille.

Le marquis donna à gober des pilules de drogues à des catins qui témoignèrent pour empoisonnement.

Durant les ébats qu’il eut ce jour-là, Donatien sodomisa son Valet. Le crime de sodomie était puni de la peine capitale.

En tout, Sade passera vingt-sept années de sa vie en prison.

Il vivra peu de sa plume. Sorti de prison à cinquante ans, obèse, vérolé, dans un monde où ses titres de noblesse ne valent plus rien, il monte une maison d’édition. Ses livres sont imprimés en Hollande à plus de six cents exemplaires ce qui peut paraître dérisoire de nos jours, mais qui en fait une des plus grosses entreprises pornographiques de la ,France du XIIX. C’est Napoléon qui après avoir lu Justine qu’il qualifiera d’ouvrage le plus ignoble de tous les temps, enverra Sade à l’asile de Charanton. Sade y invente, sûrement sans le savoir, l’art-thérapie et monte des pièces de théâtre avec des malades psychiatriques.

Son portrait psychologique dressé , Nina peut passer à l’homme de lettres.

Sade fut un écrivain possédé qui ne devait son salut mental qu’à l’écriture quitte à se servir de son propre sang pour encre.

C’est en maison d’arrêt que naquit l’auteur. Son besoin viscéral d’écrire compensait sa privation de liberté. Par réaction, il fut une plume la plus libre de tous les temps.

Aucun auteur contemporain ne pourrait publier les 120 journées sans crouler sous une avalage de procès. Preuve de la modernité du marquis qui remet en cause les puérils débats sur la liberté d’expression encore en cour dans la société actuelle.

Plus on l’enchaîna plus il se déchaîna, il propagea une rage de page en page révélant à l’Ancien Monde ce qu’il refusait de voir, le côté sadique de l’humanité.

Puisqu’on le priva de tout, il se rendit le plus loin possible dans l’art de la provocation là où jamais personne avant lui n’avait osé s’aventurer. L’enfant roi frustré de mère qu’il fut ne pouvait pas viser moins.

Le monde entier avait tort contre lui.

Entre quatre murs, il va démanteler la religion chrétienne morceau par morceau. Dieu est une chimère inventée par le clergé pour asservir les peuples. Le ciel est vide, la fraternité est une invention chrétienne qui n’existe pas dans la nature, l’athéisme est pour lui la seule façon de raisonner logiquement. La conscience, un préjugé issu de notre éducation, le remord une faiblesse pusillanime, le vice, le stupre l’unique bonheur dans la vie puisque de toute façon nous sommes voués au malheur.

Il oppose à la vision de l’église les lois de la nature.

Chez Sade, loin de la pensée rousseauiste du « bon sauvage », l’homme né mauvais, isolé, en compétions avec les autres pour survivre.

Il justifie de la sorte la perversion : la nature a créé les hommes pour qu’ils jouissent de tout sur la terre.

La douleur qu’éprouve l’autre ne nous atteint pas alors que la plus petite jouissance qui nous arrive nous la ressentons.

L’homme ne doit pas entraver ses pulsions qui font partie de l’ordre naturel des choses.

Sade se fiche de ce qu’éprouvent les autres, ne compte que sa jouissance personnelle.

C’est le culte du moi tyrannique. Pour Sade seul le plaisir est sacré.

Il prône un égoïsme pur dépourvu de toute morale vis-à-vis d’autrui.

Les forts de ce monde doivent de jouir avec cruauté des plus faibles, car c’est leur unique raison d’être.

Nina ingurgite un volume d’informations impressionnant en l’espace de quelques heures.

Épuisée, elle s’effondre sur son clavier à l’orée du jour.

Quand elle recouvre ses esprits, sa pensée est claire et limpide. Tout semblait s’être mis en place durant son sommeil. Les connaissances acquises durant sa vie professionnelle, les écrits du marquis, le ressouvenir de ses années de sociologie s’imbriquaient parfaitement pour paver la piste de sa réflexion. Après son petit déjeuner composé d’une part de pizza froide et d’un bol de café sans sucre, une avalanche de mots s’abattit sur l’azerty.

Avant Sade les philosophes parlaient d’amour et de sexe de façon purement théorique.

Chez l’auteur de la philosophie dans le boudoir, la rhétorique passe du salon à la chambre à coucher.

Succède aux scènes pornographiques des discussions poussées sur les plaisirs de la chair, la stupide superstition que représente la religion, les lois d’une nature cruelle dont il faut s’inspirer, l’impératif de jouissance acculé dans ses extrémités.

Une première métaphore lui vient à l’esprit : le boudoir de Sade c’est le divan de Freud.

Lors de son incarcération, D.A.F rédige les 120 journées de Sodome et Gomorrhe.

L’exorde du livre dévoile les intentions de l’auteur :

« C’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes. »

Le scélérat dit vrai !

Dans les 120 journées, Sade décrit les agissements d’une bande d’érotomanes psychopathes issus de la noblesse, du clergé et de la grande bourgeoisie . Ils sont : le duc de Blangis, son frère l’évêque de…, le président Curval et l’homme d’affaire et financier Durcet.

Ils mettent en commun une forte somme d’argent pour réaliser une gigantesque orgie d’une durée déterminée de cent vingt journées, qui passeront en revue toutes les perversions sexuelles classées comme il suit : les plaisirs simples, les plaisirs doubles, les plaisirs assassins et les plaisirs meurtriers.

Donatien Alphonse François, dresse une liste de 600 perversions et comportement sexuels déviants.

Boire le pue des plaies d’une rouquine qu’on a contrainte à ne pas se laver pendant des semaines, se rouler des pelles avec du sperme, de l’urine, de la morve, gober des rôts, des pets à pleine bouche, partouzer un homme-tronc, coudre un anus, un vagin, des annulingus en pleine défécation, cunnilingus lors de menstruations, manger le placenta d’une fausse couche, se faire vomir, se faire chier dans la bouche et avaler, sectionner un clitoris, des tétons, s’introduire des aiguilles dans l’urètre, intromission de divers objets dans tous les orifices, scarifications, brûlures, pédophilie, inceste, nécrophilie, gérontophilie, entre autres.

Ce crescendo d’horreur est mis en place pour augmenter graduellement les jouissances des quatre associés.

Ce qui va conférer à l’ouvrage son caractère unique c’est le décorum que le marquis mit en place dans ce livre.

La bande de bourgeois pervers passe un contrat avec quatre maquerelles pour leur fournir « des corps » de petite fille, petit garçon, homme et femmes pour leur faire subir les pires sévices sexuels, certains allant jusqu’à la mort. Le recrutement sera minutieux et effectué dans toute la France avec une technicité digne des meilleurs cabinets de chasseurs de têtes.

Par la suite, c’est de la bouche de ces maquerelles que seront énoncées toutes les perversions de l’humanité.

Des « fouteurs » sont embauchés pour les mensurations de leurs pénis et leurs aptitudes physiques.

Ils joueront le rôle de contremaître.

La notion de contrat passé est capitale.

La planification de tâches répétitives soumises à un règlement intérieur dans un lieu clos, dans un temps prédéfinit, sous la surveillance de contremaîtres en vue d’augmenter la productivité, Sade vient d’inventer près d’un siècle avant l’ingénieur américain Taylor, l’organisation scientifique du travail plus communément appelé O.S.T ou travail à la chaîne.

Arrivée à la fin de l’introduction, elle conclut à ce premier rapprochement entre capitalisme et sadisme. Avant Sade, il n’existe nulle trace écrite d’une telle organisation sociale en tous points semblable à ce mode de production de l’ère industrielle.

Le marquis avait raison, jamais l’Ancien Monde ne connut un tel livre.

Sade écrit ce que nombre de ses amateurs considèrent comme son chef d’œuvre entre 1787 et 1789 emprisonné à la Bastille, sur un rouleau de plusieurs mètres utilisant pour encre ses excréments et son sang. Il le cachera au centre d’un godemichet creux dans les cavités des murs de sa cellule.

Cette période est aussi celle du début de l’industrialisation et des prémices du capitalisme.

En 27 années d’incarcération, Sade a beaucoup lu. Notamment Bernard de Mandeville et Adam Smith le calviniste écossais.

Le premier, Bernard de Mandeville est un médecin hollandais d’origine française résidant à Londres.

Mandeville est ce que l’on nomme depuis l’antiquité « un médecin de l’âme » spécialiste des troubles nerveux. En 1711, Il publiera un traité de médecine « Le traité des passions hypocondriaques et hystérique » dans lequel il enjoint ses confrères à pratiquer l’entretient avec le patient, seule méthode pour le soulager des troubles psychiques à l’origine de son mal.

Personnage fascinant, qui invente la psychanalyse presque deux siècles avant Freud, cet homme justifie le luxe et la luxure dans la fable des abeilles en 1714.

Deux ruches. Une vertueuse, une vicieuse. Les vertueuses passent leurs vies à compenser et réparer les fautes des vicieuses. Mandeville développe l’idée que les vices privés font les vertus publiques puisque les abeilles vertueuses ont du travail grâce aux vices de leurs voisines.

C’est dans sa fable qu’il est fait état pour la première fois d’une main invisible, le gouvernement de l’ombre.

Le second, Adam Smith, est un philosophe et économiste qui publia en 1776 « La richesse des nations », l’un des textes fondateurs du libéralisme économique. Il introduira la notion de « self-love » marquant une rupture avec les valeurs de la chrétienté édictées par Saint-Agustin qui faisaient une différence entre l’amour Dei (de Dieu) et l’amour sui (de soi) décliné en amour socialis et amour privatus. L’un représente le bien, la pureté, le souci de son prochain. L’autre est égocentrique, envieux, vénal, impur, égoïste, belliqueux.

La rhétorique de Smith débarrasse de cet antique manichéisme augustinien le monde chrétien.

L’affranchissant du pêcher du « profit personnel », il dit qu’en libérant les passions/pulsions l’enrichissement de l’individu bénéficiera à l’enrichissement de la nation.

Sade sent tout de suite le potentiel pervers de ce type d’organisation sociale.

Immédiatement, le Marquis vit que dans ce système les trois premiers rôles seraient tenus par : l’égoïsme absolu, le profit personnel et l’impératif de jouissance, représentant des qualités à ses yeux.

Toute son œuvre tourne autour de l’objet et du plaisir.

Le libéralisme, c’est la démocratisation de la jouissance par l’objet. Le lieu propice où sa philosophie libertine pourra croître et s’accroître.

Les liens entre libéralisme et libertinage se resserrent.

La survit du manuscrit où furent rédigées les 120 journées est aussi incroyable que l’existence de son auteur et se mélange avec l’histoire du monde moderne de façon tout aussi surprenante.

Transféré deux jours avant la célèbre prise de la Bastille le 14 juillet 1789, Sade ne reverra jamais son ouvrage les 120 journées de Sodome et Gomorrhe, il dira à ce sujet en avoir pleuré des larmes de sang.

C’est un dénommé Arnoux de Saint Maximmin qui le retrouve dans les décombres de la prison et l’offre au marquis de Villeneuve-Trans. En 1904, ses descendants le revendent à un amateur de Sade le psychiatre Allemand Iwan Bloch, qui l’éditera pour la première fois en 1906.

L’ouvrage lui servira pour poser les bases d’une nouvelle discipline dont il est à l’origine, la sexologie. Du fond de sa cellule Donatien Alphonse François de Sade y a répertorié toutes les formes de perversions sexuelles que l’esprit humain est capable d’imaginer.

D.A.F, dresse la liste des 600 perversions et comportements sexuels déviants : inceste, pédophilie, tortures, scato, uro, bondadge, treasome, bukkake, utilisation de godes, de machine tout est déjà là.

Le livre se conclut dans une tornade de violence où on dénombre les corps vivants de ceux trépanés.

Sade n’a pas attendu Freud pour percevoir la pulsion de mort qu’il y a dans le sexe.

Et c’est là que se fait le lien entre les deux hommes.

Iwan Bloch, qui développe la sexologie est l’ami de Sigmund Freud avec lequel il entretient une correspondance nourrit, notamment quand Freud rédige ses trois théories de la sexualité faisant émerger le concept de sado-masochisme, en s’appuyant sur les travaux de Bloch et sur Psychopathia Sexualis, du psychiatre austro-hongrois Richard Freiherr Von Krafft-Ebing pour sa conception du masochisme qu’il fonda sur les récits de l’écrivain allemand Leopold Von Sacher-Masoch.

Krafft-Ebing est lui aussi un fin connaisseur du marquis de Sade.

En 1929 Freud publie le malaise dans la culture.

Si la culture veut se renouveler, il lui faut une bouffée d’oxygène en se libérant des carcans de la religion. Quand il rédige « Le malaise dans la culture » le psychanalyste parle d’économie libidinale, de pulsion de mort du capitalisme, d’érotisation de l’objet de consommation, du danger de la libération de nos pulsions sexuelles, qui par nature sont faites pour rester inassouvies.

Nina se demande à juste titre que serait la psychanalyse d’aujourd’hui sans la contribution indirecte de Sade ?

Le lien entre Sade et le psychanalyse autrichien est concret. Les avancées dans le domaine des sciences comportementales vont sauver le capitalisme de la crise de 1929 en sollicitant les pulsions sexuelles de notre inconscient en développant des techniques de manipulation des foules suivant l’enseignement de Freud sous les traits d’Edward Bernays.

Bernays né en 1891 à Vienne. Il est le double neveu de Freud. Son père épousa Anna Freud tandis que Sigmund épousait la sœur du père D’Eward Bernays.

En 1892 les parents Edward Louis James Bernays, émigrent à New York.

Edward Bernays, assiste à de nombreuses conversations dans les dîners de famille où l’on expose les théories de son oncle, l’esprit de l’enfant infuse dans la pensée freudienne.

Le vingtième siècle qui s’ouvre et dans lequel Bernays va jouer un rôle prépondérant débute secoué par des luttes ouvrières partout sur terre. Les droits des travailleurs sont inexistants. Ils usinent douze heures par jour pour un salaire de misère sans protection sociale ni indemnité.

On les jette à la rue du jour au lendemain sans rien pour vivre.

Personne ne sait si l’ingénieur américain Frederick Winslow Taylor a lu les 120 journées de Sade.

Néanmoins, tous les concepts élaborés par le marquis un siècle auparavant sont exactement les mêmes que ceux du Taylorisme, la planification de tâches répétitives soumises à un règlement intérieur dans un lieu clos, dans un temps prédéfini.

Les racines de l’industrialisation et du productivisme libéral qui va déferler avec frénésie sur le globe puisent leurs sources directement dans la philosophie sadienne.

C’est dans cette ambiance qu’en 1917, Bernays intègre au rang de journaliste la commission Creel mise en place par le gouvernement américain pour faire basculer l’opinion publique opposée à l’entrée en guerre des USA dans le conflit de 14-18.

Publicistes, psychologues, sociologues, journaliste donnent ses heures de noblesse à la propagande en utilisant tous les supports de communication à dispositions de l’époque, tractes, affiches, campagnes de presse, publicité au cinéma, recherche de leaderships acteurs, actrices Hollywood.

Bernays se revendique fervent admirateur du français Auguste Lebon qui dans sa psychologie des foules en 1895 comparait les rassemblements populaires à une personne à part entière dénuée de capacité de jugement.

Le groupe, s’est un évanouissement de la personnalité, une disparition de la vie cérébrale dominée par l’inconscient.

La foule, instable par nature est sujette aux suggestions. La notion d’idée commune, d’appartenance à un groupe fait que, les slogans, les images évoquées, les harangues, se transfigurent en elle pour des vérités acquises, elle va et pense dans le même sens, elle accumule n’ont pas l’intelligence, mais la médiocrité des personnes qui la compose. Dans la foule il n’y a pas d’addition des personnalités, mais fusionne dans une identité collective dotée d’un nouveau caractère pulsionnel. Une personne dans une foule agissante tombe dans un état proche de l’hypnose, le cerveau en veille, le sujet devient esclave de toutes les tentations.

Les foules sont plus influençables par des émotions que par un raisonnement logique.

Son impulsion primitive est de suivre un leader. C’est un des principes fondamentaux qui opère en elle. Lebon prévoit que les organisations sociales modernes appuieront leur pouvoir sur la puissance des foules pour pallier à la spiritualité. Il prédit que le XX siècle sera l’ère des foules.

Le neveu de Freud comprend que celui qui décrypte ces mécanismes inconscients peut contrôler les masses sans qu’elles s’en aperçoivent s’il capte leurs émotions.

Il invente la psychanalyse des foules fondée sur des observations minutieuses de la mentalité collective étayée par des principes dont la cohérence et la constance sont prouvées.

Affinant ses techniques de manipulation, n’hésitant pas à faire valoir sa prestigieuse ascendance, Bernays se taille rapidement une solide réputation.

Méconnue en France, sa page Wikipédia plante le personnage en lui attribuant la paternité de la propagande politique institutionnelle et de l’industrie des relations publiques, ainsi que du consumérisme américain en compagnie d’Henry Ford.

Bernays n’est ni plus ni moins que le père des relations publiques, l’art de communiquer entre un gouvernement et son peuple. C’est lui qui crée le terme quand propagande devient impopulaire. C’est une technique qu’il développera par ailleurs, quand quelque chose déplaît à l’opinion publique, on change son nom.

De l’influence qu’ont eu les écrits de Sade sur ceux de Freud se dégage une relation aussi claire de l’ascendance des théories de l’économie libidinale et l’érotisation de l’objet de consommation du psychanalyste sur les techniques d’instrumentalisation que va mettre en place Bernays pour s’adresser à l’inconscient des foules.

Son best-seller outre Atlantique publié en 1928 annonce la couleur dès le titre « PROPAGANDA » sous-titré « Comment manipuler l’opinion en démocratie. »

Les premières lignes dévoilent le programme :

« La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique.Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. »

L’auteur de la nouvelle Justine le disait autrement sous le régime monarchique :

« Il ne faut jamais arracher le bandeau des yeux du peuple ; il faut qu’il croupisse dans ses préjugés, cela est essentiel /…/ Ne cessons jamais de tenir le peuple sous le joug de l’erreur et du mensonge ; étayons-nous sans cesse du spectre des tyrans ; protégeons les trônes, ils protégeront l’Église ; et le despotisme, enfant de cette union, maintiendra nos droits dans le monde. »

Le groupe n’a pas les mêmes caractéristiques psychiques que l’individu, d’autre part qu’il est motivé par des impulsions et des émotions, le propagandiste joue sur ces clichés, sur l’émotion collective pour incliner l’opinion dans la direction qu’il souhaite lui voir prendre.

Bernays est un génie dans son domaine qui va changer la face du monde. Il n’ignore pas que c’est par la foule que s’achèvent les civilisations devenues trop vieilles. Son talent va sauver le capitalisme en 29.

Parallèlement à l’envol de sa carrière en tant qu’éminence grise du président XX , c’est l’avènement des Trusts et autres firmes dotées d’une puissance phénoménale sur le plan économique et par relation de cause à effet sur celui de la politique.

L’âge d’or des « Barons voleurs » Carnegie, Steel, Rockfeller, Vanderbilt, Astor, Morgan.

En position de monopole, ils déclenchent des crises économiques pour s’engraisser toujours plus.

La fraude financière est à tous les étages qui bâtirent leur fortune.

Appliquant les recettes qui permirent aux politiques de faire basculer l’Amérique dans la guerre, au monde des grandes entreprises, Bernays devient le maître es manipulation de l’opinion publique.

Un exemple, le velours. Le marché du velours est en crise en Amérique. Bernays comprend avant tout le monde qu’il suffit de stimuler un organe du corps social à un endroit pour qu’il réagisse à un autre.

Il propose aux industriels du textile de financer entièrement des collections chez des créateurs parisiens en vogue référence mondiale dans le domaine de mode. La formule fonctionne, les collections sont déclinées pour le prêt-à-porter le velours made in USA est relancé.

Cette ruse éculée fonctionne toujours. C’est le cas de Nesspresso en plus de l’image de l’image sexy de George Clooney, la firme suisse a offert aux vingt mille Américains les plus influents dans les médias capsules et machines quelques mois avant son lancement. Technique marketing dite du Blue Ocean, réinventer un produit existant pour le revendre plus cher via un nouveau concept.

Edward Bernays usera mainte fois de la technique des leaders d’opinion.

Pour le Bacon, il s’appuiera sur l’influence des médecins. Cinq mille parmi eux seront recrutés dans le pays pour faire la promotion d’un petit déjeuner copieux le matin, décrétés dès lors repas le plus important de la journée. Des œufs et du bacon qu’importe obésité et cholestérols, le gouvernement invisible dicte son mode de vie à l’Amérique et par de là au monde entier.

L’exemple souvent cité à son sujet pour illustrer le sadisme de sa vanité et son contrat avec l’American Tobacco.

Dans les années trente, une femme qui fume est mal vue, perçue comme une fille de mauvaise vie.

George Washington Hill président de l’American Tobacco Co, veut briser ce tabou, conscient que si les femmes fument, il doublera son marché de la moitié de l’humanité. Pour atteindre cet objectif, il embauche Bernays. Au même moment, le mouvement des suffragettes secoue le continent nord-américain.

Edward Bernays consulte Abraham Arden Brill, disciple de son oncle, l’un des premiers Américains à avoir exercé la profession de psychanalyste sur ce sol.

Ce dernier explique au neveu de Freud que la cigarette est un symbole phallique représentant le pouvoir sexuel du mâle ; si rattacher l’action de fumer à une forme de contestation de ce pouvoir était possible, les femmes détentrices par la symbolique de leurs propres pénis se mettraient à fumer.

Quelques mois plus tard sur la cinquième avenue à New York, lors de la parade de pâque en plein cœur de la crise de 1929, les suffragettes décident de mener un coup d’éclat médiatique pour qu’avance la cause de l’émancipation des droits des femmes.

Devant les objectifs des photographes du monde entier, prévenus qu’une telle action allait être menée, les figures charismatiques du mouvement sortent des cigarettes rebaptisées pour l’occasion « Torche de la liberté » et les allument sous les yeux médusés des reporters.

Ironie du sort des militantes féministes se retrouvent à pomper des artefacts de phallus en pleine rue sous l’objectif des photographes du monde entier.

Les images font le tour du monde, un peu partout sur terre, fumer pour une femme est un acte de libération. L’autre moitié de l’humanité peut tâter du tabagisme.

Bernays a instrumentalisé tout cela dans l’ombre de main de maître. Distribuant ses cigarettes aux leaders d’opinion de l’époque, avertissant la presse. Il a su capter l’émotion que suscité le désir de liberté chez la femme pour le convertir à l’avantage de son client en jouant sur l’inconscient sexuel. Il n’ignorait rien du cancer et des risques encourus par les consommatrices acquises par son odieuse influence. Pis, il enfonce le clou en inventant la Pin-Up, toujours pour les cigarettiers, en érotisant l’objet de consommation. Plusieurs décennies après, les malheureuses décédées de tabagismes se comptent par millions, simplement pour de l’argent. L’appât du gain, la propagation d’un vice à grande échelle, une hécatombe annoncée assumée, le capitalisme vient de passer la bague au doigt du sadisme.

La contribution à l’entrée du sadisme dans l’économie chez Bernays ne se résume pas à cela.

L’american way of life ! Tout un concept. De nos jours, il n’est pas rare d’entendre « te prends pas la tête ou il ne faut pas se prendre la tête, variante «tu te prends trop la tête » le plus souvent au cours d’une discussion politique ou philosophique.

Les principes du corps sans tête axé sur le physique, l’image, les plaisirs de la chair, les biens matériels étaient les vœux prophétiques de Sade.

Bernays les a imposés au monde à travers la publicité, les médias et le cinéma.

L’image d’une jeunesse souriante, insouciante, oisive qui écoute du rock, qui fait la fête, du surf, de la moto, qui drague des filles, part à la conquête du monde dans les années cinquante, soixante.

C’est la génération « Happy Days »

Ce mode de vie nord-américain est conçu de A à Z pour écouler des produits en surstock, corn-flakes, jeans, Coca-Cola, voiture, hamburger, etc.

Il use du vieil adage : pour provoquer le désir, il faut être vu. L’érotisation des produits manufacturés c’est la promesse de la jouissance à la portée de tous.

Fort du succès de la Pin-Up qui cristallise avec brio les phantasmes masculins, transforme leurs pulsions sexuelles en pulsion d’achat ; le conseiller en communication lance l’économie libidinale en généralisant l’érotisation de l’objet de consommation et de manière plus pernicieuse la sollicitation de nos pulsions sexuelles inconscientes en développant ce qu’on appelle aujourd’hui le marketing.

Le consumérisme et la concupiscence s’entremêlent dans notre subconscient.

Ce que Sade voulait, que Freud redoutait, que Bernays ne pouvait ignorer que la libération de nos pulsions, la pulsion de mort commune au capitalisme et au sexe, nous conduisent à notre propre destruction est en train de s’accomplir.

Edward Bernays mourra à 104 ans à Cambridge Massachusetts.

Il regretta tout de même que Goebbels ait utilisé son livre « Propaganda » pour développer la propagande nazie et son implication directe dans les cent mille morts au Guatemala où ses méthodes de marionnettiste de l’ombre imposèrent une dictature favorable aux États-Unis au détriment d’un régime socialiste démocratiquement élu.

Pourquoi Bernays a-t-il agi en tout état de cause ?

Des générations d’Américains obèses à force d’ingurgiter du bacon, des millions de femmes dans le monde atteint du cancer, des dizaines de milliers de victimes en Amérique du Sud, pour la seule soif du lucre ?

Probablement que cet homme extrêmement intelligent ne put se contenter d’être un nain dans l’ombre de son oncle. Son besoin de domination sur son prochain s’est exprimé dans son métier.

Une domination de l’intellect qui n’en est pas moins sadique.

À l’automne 1990, il est classé parmi les cents personnalités américaines les plus influentes par le magazine Life.

Ce besoin de domination au cœur de l’économie occidentale n’est pas nouveau. Depuis la décolonisation l’occident garde la main mise sur les pays du Sud en les écrasant sous le poids de la dette. Qu’importent famines, guerres civiles, dictatures, purge ethnique tant qu’on peut exploiter sans vergogne leurs ressources minières.

Nina a une rémanence de la crise de 2008 durant laquelle elle prit une part active en s’enrichissant allègrement sans scrupule ni remord.

Dans Juliette ou les prospérités du vice, Sade invente l’héroïne la plus autonome de toute la littérature du XIIX siècles. Une jeune femme prête à tout pour parvenir au sommet. Elle utilisera le sexe, le meurtre, la corruption pour atteindre son but. Une fois riche et puissante, elle organisera une famine volontairement pour décimer la moitié de la population la plus pauvre par pure cruauté.

L’orgueil vient à l’appui ; non seulement on a fait une chose que personne n’oserait faire, mais on s’y est même si bien accoutumé, qu’on ne peut plus exister sans cette chose : voilà d’abord une jouissance. L’action commise en produit une autre ; et qui doute que cette multiplication de plaisirs n’accoutume bien promptement une âme à se plier à la manière d’être qu’elle doit acquérir, quelque pénible qu’ait pu lui sembler, en commençant, la situation forcée où cette action la contraignait ? N’éprouvons-nous pas ce que je te dis dans tous les prétendus crimes où la volupté préside ? Pourquoi ne se repent-on jamais d’un crime de libertinage ?

La crise des subprimes. Durant laquelle des banquiers cupides s’arrangèrent entre eux pour octroyer des crédits immobiliers aux populations les plus pauvres misant sur essor de l’économie américaine, fut une gabegie purement sadique.

Les criminels en col blanc de 2008 ont remplacé les barons voleur de 1929.

Ils ont accordé des prêts immobiliers très risqués à un grand nombre de gens à faibles revenus les « Subprimes » qui donneront leur nom à la crise.

Puis, un autre produit financier les prêt NIJA à des personnes qui n’avait ni revenu ni travail n’offrant de la sorte aucune garantie bancaire. Une pure folie pour faire tourner l’économie du bâtiment, de l’immobilier et des prêts à faible taux. Évidemment, beaucoup d’emprunteurs étaient afro-américains, hispanique, des personnes âgées et des femmes isolées.

Cette prédation immorale a fait passer entre 1994 et 2006 les prêts « Subprime » de 35 milliards à 600 milliards !

Pas d’essor économique, 80% des prêts ne sont pas remboursés. Pour tenter de récupérer leur mise, les banquiers véreux transforment les créances insolvables en produit financier, les « actions toxiques », mélangées à d’autres placements pour passer inaperçu, puis écoulées dans le monde entier de façon massive.

Pour propager ce nouveau cancer de l’argent, tout est bon, faux bilans, chiffres truqués, dissimulation, mensonge, falsification de documents officiels.

Ces actions deviendront le vers dans la pomme de l’économie mondiale.

Les établissements financiers faisant circuler leurs actifs en se prêtant mutuellement des fonds se retrouvent en cessation de payement.

Les banques se mettent en faillite, par effet de domino l’économie mondiale manque de s’effondrer. Des agences de notations véreuses donnent des notes aux pays les plongeant dans le chaos.

Les états prêtent aux banques pour ne pas que le système s’écroule complètement.

L’économie de marché est sauvée de justesse… par le contribuable.

Le bilan humain est désastreux. Trente millions de chômeurs à travers le monde. Le manque de ressources enverra une partie d’entre eux croupir dans l’alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution, la dépression, le suicide.

L’Italie, la Grèce, l’Islande sont aux bords du gouffre. Le taux de chômage grimpe à 20% en Espagne, dépasse 10% en France où 900 usines mettent la clé sous la porte, il pleut des politiques d’austérité sur l’Europe.

L’unique raison de cette catastrophe humaine est le désir irrépréhensible d’une bande de financiers new-yorkais d’accumuler toujours plus.

Les traders eux croulent sous les millions. Les primes qui leur sont attribuées sont passées de 10 milliards en 2002 à 30 milliards en 2007.

Nina se souvient du discours philippique d’un Dick Fuld , ex-dirigeant de Lemanh Brother, principal acteur de la faillite du système, l’air rogue, haranguant ses troupes de courtiers : écrasez ceux qui parient contre nous, écrasez-les avec force ! Ce n’est pas que j’ai envie de leur faire du mal, ne vous trompez pas sur ma personne. Je suis doux, je suis aimable, mais ce que je veux vraiment, c’est atteindre leur cœur, le déchirer et le manger avant qu’ils ne meurent.

Difficile de faire plus sadique. C’est ce seul type qui aurait pu éviter la crise et qui va plonger le monde dans la résection.

Entre 2000 et 2008, Dick Fuld a gagné 480 millions de dollars, il ne sera pas inquiété par la justice. Une simple audition devant le congre américain pour répondre de la faillite de Lemanh et Dick partira avec un parachute de 17 millions plus 33 millions en stock options.

Sa ligne de défense fut, « je n’étais pas au courant des chiffres , car je ne sais pas ouvrir les pièces jointes de mes e-mails.

Lehman Brother, Jp Morgan, Standar & poors, Goldman & Sax

Tous ses voyous de la finance ont fait cela en toute conscience sachant à quelles conséquences désastreuses aboutiraient sur la population leurs comportements vénaux.

La concussion entre politique et haute finance atteint des summums. Aucun des grands dirigeants des principaux instituts financiers responsables de cette crise ne sera inquiété. Le lumpenprolétariat saigné à blanc, le capitalisme suit la devise du divin marquis « Ni Dieu ni maître ».

Ce fut une pure fraude, une véritable arnaque où ils ont brisé tous les freins de leur désir de posséder, de dominer, de jouir.

Jamais le monde n’avait subi une telle résection depuis la crise de 1929 qui accoucha d’Adolf Hitler.

Sans 2008, il n’y aurait sûrement pas de Donald Trump ou de Breaxit.

L’Autriche, la Hongrie, la Turquie, l’Italie ont déjà sombré dans le nationalisme.

À ce jour la situation n’est guère meilleure qu’en 2008. Vingt-neuf grandes banques à dimension internationale, parmi lesquelles BNP Paribas , Crédit Agricole , Société Générale et BPCE (Banque populaire-Caisse d’épargne) figurent au nombre des 29 institutions financières recensées par le Conseil de stabilité financière (CSF) qui devront également faire l’objet d’une supervision renforcée. La BNP, la plus grande en France qui pèse 1800 milliards d’euros (soit le PIB de la France) est endettées à hauteur de 150%. Il suffirait d’un léger courant d’air pour que le château de cartes de la finance internationale s’écroule de nouveau.

Aucune instance de régulation des marchés digne de ce nom n’a vu le jour depuis.

Donald Trump à déjà programmé une nouvelle dérégulation du taux d’emprunt aux États-Unis établie en 2010 pour éviter les mêmes erreurs.

Les économies des pays sont encore plus faibles, car elles supportent le fardeau de l’endettement contracté en 2008.

Les financiers, banquiers, tranders au courant de la situation ne changent rien à leurs habitudes, car, encore une fois, le capitalisme et le sexe sont mus par la même pulsion de mort.

Si les peuples ne réagissent pas, c’est qu’ils sont soumis pacifiquement par l’industrie du divertissement.

Le capitalisme n’a rien à voir avec la démocratie la Chine le prouve. Pour soumettre, il faut rendre accro. Les spin doctors et autres gurus du marketing l’ont bien compris, le sexe et l’argent sont les deux moteurs d’un occident qui carburent au désir. Le bon filon à exploiter. Divertir le peuple, c’est le contrôler, l’empêcher de se soulever, de trop penser.

La pornographie et les stupéfiants sont les armes de distractions massives qui se démocratisèrent dans les années soixante pour calmer la jeunesse rebelle du Baby Boom, avec un franc succès.

Depuis, ce n’est plus la raison qui définit nos limites, c’est notre désir de consommation.

Le peuple cherche à jouir dans l’instant présent au travers du sexe, des loisirs, du tourisme et de la fête. Il ne veut plus comprendre le monde qui l’entoure. Il est résigné soumis aux lois du marché.

Après mai 68 et la libération sexuelle, celle de la libido amorcer par Bernays via l’érotisation de l’objet de consommation va prendre une ampleur incroyable. Notre société s’est affranchie des différences sexuelles et générationnelles.

Dans les années soixante-dix, la démocratisation de la télévision, instrument de propagande par excellence, brise la communication dans les foyers. Les familles ne se parlent plus pour regarder l’homme tronc du 20h00 débiter ses informations. Le sexe inonde la société. Playmate Claudette, Coco-girl. Le cliché de la fille à poil pour vendre un yaourt vient de naître. Les murs des villes sont tapissés de culs et de nichons à l’instar des cabines des routiers.

Le vide laissé par la spiritualité fait que nous sommes les premières générations à libérer complètement nos pulsions sans garde fou.

L’exposition du tourisme de masse dans les années 80 a poussé des pays entiers dans la prostitution pour rembourser leur dette au FMI. La Thaïlande, la République dominicaine, Cuba, le Nicaragua, Madagascar sont les destinations phares pour trouver femme et enfants au rabais. Le marché parlégal de la prostitution rien qu’en Chine est estimé en près de quatre-vingts milliards de dollars par an.

En 1995, cinq cents grands décideurs politiques et économiques de la planète, dont Gorbatchev, Bush père, Thatcher, répondent à l’appel de Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller du président Carter qui fonde à partir de ce jour le club Trilatéral.

Il recommande à tous ces dirigeants pour contenir les problèmes liés à la surpopulation et l’économie libérale de fournir aux masses populaires mondiales un mélange de divertissements abrutissants et d’alimentation en quantité suffisante. Son programme s’intitule le « tittytainment » Contraction de titts « nichon » en argot américain, et entertaiment, divertissement en français.

Début 2000, la surenchère d’image violente et pornographique s’accélère encore plus avec l’arrivée de la télé-réalité.

Dans l’enfermement volontaire de ses programmes, on reconnaît le boudoir de Sade.

Des physiques écervelés, recrutés pour leurs plastiques dont on effeuille le quotidien de l’intérieur en le soumettant aux jugements des autres pour leur simple plaisir.

C’est le premier stade de la marchandisation de l’intimité.

Les titres sont éloquents : Big Brother, Survivor, Bacchelor, l’île de la tentation, qui veut épouser mon fils. La femme y est un objet obsédé par son apparence qui multiplie les conquêtes sans rencontrer le grand amour.

Cette nouvelle forme de prostitution consentit explosa l’audimat aux heures de grandes écoutes.

Les épisodes faisant le maximum d’audience étant ceux contenant du sexe et de la violence, une escale dans la surenchère du pire se déclencha. Poussées par les annonceurs, les émissions se firent de plus en plus racoleuses au fur et à mesure qu’elles se vidaient de tout contenu moral.

En deux décennies, internet et la télé-réalité ont rendu la capacité du public à voir des images de plus en plus violentes et pornographie. L’empathie du spectateur a proportionnellement diminué.

En 2004 apparu Facebook, la nouvelle fabrique du consentement occidental, Edward Bernays aurait adoré !

L’étymologie des mots nous révèle de façon surprenante notre environnement.

Prostitué vient du latin composé de pro- « devant » et statuere « poser, placer ». Placer devant; exposer aux yeux. Cela pourrait définir ce réseau social. L’humain s’y soumet volontairement au destin des produits manufacturés.

Edourdo Saverin le premier directeur financier de facebook dit à Zuckerberg pendant le lancement de l’interface « Les gens vont venir pour le sexe », après quoi l’onglet « intéressé par » verra le jour.

Et ça a marché. Au point qu’une jurisprudence facebook en cas de divorce existe dans presque tous les pays du globe.

Pour rajouter une saveur sadienne, Zuckerberg piqua l’idée de facebook aux jumeaux Cameron et Tyler Winklevoss.

Son premier exploit fut de pirater le site d’Harvard pour mettre en ligne l’élection de la plus jolie fille du campus et sur sa carte de visite était inscrit « Je suis PDG Salope ! »

Mais cela va au-delà du site de rencontre soft. Les réseaux sociaux complètent la marchandisation de notre intimité, leur contenu, leurs codes ressemblent à ce de la télé-réalité.

Nous sommes en présence, dans ces deux lieux, de la mise en scène de la vacuité du quotidien de monsieur et madame tout le monde ainsi que de l’enferment communautariste volontaire, souhaité.

La possibilité d’observer sans être vu, le voyeurisme pervers à la portée de tous.

L’idée de pouvoir « éliminer » une personne qui ne correspond pas à vos attentes à votre style de pensée à fait son chemin. Taper un , pour Loana ou Jean-Édouard est la même démarche que cliquer sur sa souris pour retirer quelqu’un de sa liste d’ami, car son attitude vous déplais, vous dérange.

La plupart des Occidentaux s’accordent pour dire qu’il vivent dans un siècle hyperindividualiste, égocentriste, tant au niveau de l’individu que du repli communautaire.

Chacun devient l’acteur/auteur/réalisateur de sa propre vie sur les réseaux numériques.

Par imitation, les gens se prennent pour des avatars artistes, version dégradée du démiurge.

La culture de masse planétaire efface les repères.

Pour ne pas se retrouver sans identité, l’individu se raccroche à son ego.

C’est le culte du moi tyrannique chez Sade, le despote apathique derrière le démiurge égoïste manque le jouir de tout et tous, tout le temps si cher au marquis.

Pourtant, il est déjà là avant même les réseaux sociaux !

Depuis sa création la requête la plus demandée sur internet est le mot Sexe.

En 2018 vingt-cinq pour cent des requêtes de tous les moteurs de recherches concernaient le sexe.

Six millions de Français se connectent chaque mois sur un site de rencontre 30% des usagers disent en être accro.

La devise de ces sites pourrait être tirée de l’œuvre de Sade

«  Prêtez-moi la partie de votre corps qui peut me satisfaire un instant, et jouissez, si cela vous plaît, de celle du mien qui peut vous être agréable » qui est directement inspirée de la philosophie libérale d’Adam Smith « Donnez-moi ce dont j’ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même »

La gratuité est de mise pour les femmes sur les sites de rencontre. Ce sont elles le produit d’appel qui fera chauffer les cartes bleues des hommes au bénéfice d’un tiers tapis dans l’ombre de la toile.

C’est la démocratisation de la prostitution consentie cautionnée par une nouvelle morale médiatique : la solitude de l’urbain moderne, mal du siècle.

La solitude, l’absence de sexualité est une maladie synonyme, d’un manque de séduction, d’échec social, de dépression.

Les couvertures des magazines féminins adoptent des titres sulfureux tels que « La pipe ciment du couple »

Tout pousse à multiplier les rencontres faisant du sexe la panacée de tous nos maux.

Quand le désir sexuel épouse la consommation de masse, construire dans la durée devient un parcours du combattant. La légèreté des volages n’a rien de l’amour, c’est la classification de l’autre vis-à-vis de son plaisir personnel.

Pareillement que pour l’objet de consommation manufacturé, de la multiplication des possibilités de rencontres découle une baisse de la qualité des rapports humains, une marchandisation des corps.

On le jette une fois consommé, car il est interchangeable.

Chez Sade, la matière première c’est le corps de l’autre. Il le voit objet de plaisir qu’on peut acheter, vendre, torturé, humilié, dominer, tuer.

Comme dans un supermarché, les utilisateurs font défiler des centaines de visages retouchés en appliquant une rigoureuse sélection digne d’un chef de PME. Ils jugent en fonction du capital séduction de leur partenaire leurs capacités d’investissement relationnel avant de pousser plus loin les négociations.

Les speed datings sont des entretiens d’embauche en accéléré où on évalue le potentiel de son interlocuteur.

On a créé le marché des rencontres. La notion de propriété a remplacé la vision du couple. On fait l’amour comme on fait des affaires, c’est d’ailleurs le mot de la prostitution « 60euros l’amour »

Nous nous comportons dans ces espaces virtuels comme l’agence de cotation des uns des autres.

Croire que la libération sexuelle n’a eu que des avantages est aussi stupide que de croire que le capitalisme est vertueux.

La pornculture a dessiné une voie plus nette pour la marchandisation du corps de la femme.

Le chemin princesse, Pop star, Porn star.

Le conditionnement commence dès l’enfance durant laquelle les petites filles sont généralement orientées à s’identifier à des princesses de dessin animé ou de conte de fées.

Ces personnages jouent des rôles secondaires de jolie fille stupide, préoccupée par leur image et qui tombe dans un piège bateau duquel un beau et riche prince charmant viendra les délivrer.

À la puberté, l’environnement social, l’apprentissage du désir mimétique et l’industrie culturelle, l’orienteront tout naturellement vers les idoles de la Pop musique sortie de chez Walt Disney.

Que peut un couple de parents isolés face aux milliards du marketing, à la pression sociale ?

Pour affirmer leur passage à l’âge adulte, on incite ces vedettes à faire des photos de charmes.

L’obsession que génère en elles leur image les pousse toujours plus loin jusqu’à ce que la « sextape » devienne la norme et une source de revenus supplémentaires non négligeable.

Pendant ce temps les garçons découvrent la sexualité seule devant leurs écrans d’ordinateur, là où leur père se masturbait sur Lui ou Playboy. Pour cette nouvelle génération, il est hors de question de payer pour du porno, il est gratuit, partout.

La libido boit sans soif. Dès qu’un phantasme s’éteint, un autre s’allume un cran au-dessus.

Les sites qui diffusent des filmes X sont majoritairement le reflet des phantasmes masculins.

La femme n’y est qu’un corps soumis à qui on fait endurer les pires sévices sexuels.

Plus la femme cherche son émancipation dans la société civile, plus son image est dégradée sur les réseaux pornos.

Des jeunes- filles de dix-huit ans se font sodomiser à la chaîne par des armoires à glace aux membres démesurés. Plus elles crient, plus elles souffrent, plus elles sont humiliées, plus la demande est forte.

Notre société mercantile n’est pas seulement pornographique, elle est sadique.

Actuellement à cause de la multiplication des écrans, la rétine d’un Occidental en milieu urbain est chaque jour soumise visuellement à quinze mille stimulus sexuels.

Un véritable lavage de cerveau dont nous nous apercevons même plus.La vie consciente de l’esprit ne représente qu’une très faible partie à côté de l’inconscient. Nous respirons inconsciemment, nous ne pensons pas l’action de respirer. Des tas de systèmes sont en pilotes automatiques dans notre cerveau. Notamment la mémorisation.

Notre subconscient enregistre tout. Pour nous permettre de faire le trie notre conscient sélectionne les tâches prioritaires à effectuer occultant son environnement, mais tout reste gravé dans le moindre détail.

La capacité mémorielle du cerveau est de l’ordre de 2,5 pétaoctets (1 pétaoctet = 1 million de giga-octets). Sous hypnose on arrive à faire resurgir des souvenirs profondément enfouis avec foule de détails extrêmement précis.

Notre inconscient inondant le champ de notre conscience, la surabondance d’images, d’abord érotiques, puis de plus en plus pornographiques, qu’Edward Bernays enclencha a modifié notre perception de la société ainsi que nos relations interpersonnelles.

La ponrculture a dégouliné sur tous les pans la société. Cinéma, mode, pub, presse, télévision. Le culte de la performance, du jeunisme, du jouir toujours plus fort, toujours plus longtemps régit la planète.

Il se vend une boîte de viagra par seconde sur terre.

Le marché des sex-toys, anecdotique jusqu’au début des années quatre-vingts pèse en 2018 plus de vingt milliards de dollars et continu sa croissance promise à un bel avenir avec les objets connectés.

Dans les rayons des grandes surfaces, on trouve des lubrifiants chauffants, enrichi en L-Arginine pour favoriser l’afflux sanguin, des comestibles, des préservatifs aux goûts fruités, au bout strié sur la partie haute, phosphorescent. Après Sonia Rykyel , Monoprix sort une gamme de godemichets,

Séphora édite chaque année des « canards vibrant » au moment des fêtes de Noël.

Le succès mondial de 50 nuances de Grey, roman médiocre sans l’once d’une quelconque philosophie, met le sadomasochisme en plein centre de la société.

Il rentre dans les mœurs, le marquis triomphe !

On a évalué qu’entre 2009 et 2015 l’humanité a visionné plus 1,2 million d’années de vidéos pornos sur internet. Près de 600 fois la durée de l’ère chrétienne !

C’est l’origine du harcèlement de rue dont fut victime Nina.

Si le nom des grands patrons du GAFA se répand dans les médias, ceux des propriétaires des plates-formes du X qui font 28 258 connexions par seconde dans le monde restent anonymes.

Les sites qui diffusent du porno enfreignent la loi qui interdit de diffuser à un public de moins de 18 ans. Ne payent pas d’impôts, exploitent acteurs, actrices et personnel d’un bout à l’autre de la chaîne sans que personne ne trouve une solution en dix ans.

Nina ne peut que constater de façon ironique que ces mecs sont des génies. Ils ont réussi à faire des milliards avec une activité aussi peu rentable et vaine que la branlette.

Les chiffres de l’immense business que représentent la sexualité des Occidentaux et ses déviances sont difficilement calculables à cause des activités paralégales. En 2004 un universitaire canadien évaluait ce secteur d’activité si on y additionne la prostitution au niveau mondial et la traite des femmes on arrive à une somme aux alentours de mille milliards de dollars par an !

Plus que les secteurs l’armement et la pharmaceutique réunis.

La finalité de tout cela est Tinder. Une application de rencontre par géolocalisation.

L’instantanéité, la proximité en font ses principaux atouts ornés de l’absence de dialogue.

D’un mouvement du pouce néronien, on sélectionne un faciès simplement sur son apparence.

À droite, il vit à gauche, il meurt. Si le visage choisit, porte son dévolu sur le vôtre, « ça match » la rencontre s’effectue. Il n’y a plus besoin de parler ni de s’aimer.

En 2016 Tinder publié le chiffre d’un milliard de « matchs » en quatre ans.

La compétition sexuelle réduite à la superficialité d’une image.

Là encore tous les freins de nos pulsions sont rompus.

La société du spectacle nous contraint déjà à un eugénisme esthétique tacite. Le physique doit être mise en valeur. C’est un capital dans lequel il est jugé bon d’investir pour son avenir.

Produits de beauté, body-building, tatouages, chirurgie plastique sont des secteurs en pleine croissance depuis les années 80.

Il en résulte qu’au même niveau de compétence une jeune fille mince et blonde de vingt-cinq ans à six fois plus de chance d’être embauchée pour un poste de réceptionnistes qu’une jeune fille brune et replète de trente ans.

Une génération a grandi dans cet environnement de pornographie et de prostitution consentie.

Pour l’anthropologue et philosophe René Girad tout apprentissage est mimétique.

Cet anthropologue avignonnais défendit cette thèse durant toute sa carrière de professeur à l’université de Berkeley, confirmée par les neurosciences et la découverte des neurones miroirs en 1990 par Giacomo Rizzolatti et son équipe de la faculté des sciences de Parme.

De notre cerveau de nouveau-né à ce qui compose notre personnalité d’adulte, nous passons notre temps à imiter d’abords nos parents, puis nos modèles, nos icônes, notre environnement social.

L’humain est l’animal qui produit le plus de neurones miroirs sur terre.

L’apprentissage du désir est donc mimétique lui aussi. De ce fait, il en résulte systématiquement une même triangulaire. : envie/jalousie/haine.

La frustration du désir est une des bases de la violence.

La surabondance d’image et stimuli projette les plus faibles dans la violence.

Pour Nina, le lien entre neurones miroirs, déferlante d’images pornographiques violentes sur le web et harcèlement de rue est limpide.

Dès sa naissance, les fondations du capitalisme industriel appliquent les mêmes modes de productions que ceux prescrits par Sade dans les 120 Journées, l’hyperindividualisme d’aujourd’hui, c’est l’isolisme sadien, comme il le pressentait, la libération de nos pulsions à dégénéré en auto-destruction. À trop vouloir briser les freins de nos désirs, à espérer toujours mieux, toujours plus, nous épuisons nos ressources humaines et écologiques.

Cette culture pornographique touche à son terme. Il ne lui reste plus qu’à franchir les deux derniers tabous encore debout. La pédophilie et l’insecte prévus par le marquis.

D’ailleurs un débat enflamme les médias sur l’âge légal du consentement sexuel.

Une fille de quatorze ans et un homme de plus de quarante ans, ça se plaide dans les tribunaux si la fillette est consentante.

Le lien familial rompu, la perte de repères culturels précis, l’individu isolé réduit à un corps sans tête, obsédé par son apparence sera prêt pour le formatage de la libido.

La seule alternative possible, envisageable par les peuples est l’autre système sadique.

Le fascisme.

Ses idées et ses représentants politiques s’imposent déjà un peu partout. Il suffit de prolonger les courbes. En 1981, Jean-Marie Lepen n’arriva pas à rassembler les cinq-cents signatures pour se présenter à l’élection présidentielle. L’humanité n’a pas de mémoire, c’est pour cela que l’histoire est un éternel recommencement.

Gageons que d’ici peu Marion Lepen nous réapprendra à chanter « Maréchal nous voilà ! »

Les 120 journées de Sodome et Gomorrhe s’achèvent dans un bain de sang, seuls les puissants survivent !

Les rayons crépusculaires d’un soleil de cuivre dardent faiblement au travers d’un groupe de nuages floconneux qui flotte dans le panorama.

Les bruits de la nuit se posent tranquillement sur une garrigue apaisée.

Une partie de la mélancolie de Nina s’est dissipée telle une volute de fumée.

D’une grâce toute féline, elle s’étire sur sa chaise, baille la bouche grande ouverte avant de lâcher à voix haute : eh bien dis-donc , je me suis bien remonté le moral avec tout ça !

En ce dirigeant vers le jardin pour goûter à sa fraîcheur, Nina croise une glace.

D’un geste mental, elle pointe un doigt accusateur envers son reflet.

Que faire culpabiliser ? Ce qui est fait est fait, on ne peut rien changer à nos actes défunts.

Entamer une analyse ? Peu de chance.

Elle sent qu’il lui manque une pièce du puzzle.

Revoir Antonin s’impose lentement dans son esprit. Il est la personne idoine à qui exposer sa théorie. Ce prolixe grand lecteur du marquis a dû creuser le sujet en vingt ans.

Lui est toujours en vie. Enfin, elle n’en sait rien avec la ronde de cadavres qui l’entoure depuis peu.

Dans l’angoisse qui la glace un instant, elle réalise qu’elle l’aime encore, que s’il n’était plus là, le dernier rhizome de son passé dans la région aurait disparu.

Ni une ni deux, elle dégaine son portable et tape Antonin Marteau dans la barre de recherche de facebook.

Quatre secondes, c’est le temps qu’il aura fallu à Nina Poucet pour retrouver Antonin quand elle le décida. Le souffle qu’elle retenait expira son soulagement.

Une barrière psychique garda son pouce suspendu à 4,1° de solitude.

La peur de voir rompre un barrage de sentiments dans lequel s’engouffre son vide intérieur, d’être entièrement absorbée, de perdre tout contrôle, la dépendance amoureuse, les souffrances qu’elle enfante. Cette farandole de pensées la freina.

Non, Nina n’est pas prête pour chercher en dehors d’elle même une solution à son mal de vivre.

Sur l’escarpolette de ses hésitations, elle prit une décision pour calmer le feu inextinguible qui régissait son entre cuisses.

Un plan cul Tinder sans engagement l’excitait déjà.

Quand Nina veut un mec, Nina obtient un mec !

Après seulement, elle révéra Antonin.

Pied nu, elle s’aventura au milieu du jardin les cinq sens en éveillent.

Les prunelles au ciel, elle respira profondément pour se remplir de sérénité.

Son destin se trouvait entre ses mains, elle ne regrettait rien cela ne servait à rien.

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